Lexique pour l'antiraciste

Un enjeu important de la lutte antiraciste au Québec est l’appropriation d’un vocabulaire en français pour nous donner les moyens de discuter de l’état du racisme et de l’antiracisme tout en relatant des expériences propres à notre environnement. Ce lexique se veut un outil pour soustraire toute confusion quant aux termes fréquemment utilisés dans les conversations sur le racisme et l’antiracisme afin de favoriser un important dialogue sans ambiguïté pour contrer le racisme.

Notions de base

Le concept de « race » est une construction sociale et non une réalité, visant à faire une classification entre les soi-disant races. Le concept moderne de race a émergé comme un produit des entreprises coloniales européennes du 16e au 18e siècle qui identifiaient la race en termes de couleur de peau et de différences physionomiques. Ce concept permettait la catégorisation des peuples dans une hiérarchie qui attribuait des caractéristiques désirables aux peuples blancs et européens, et qui justifiait la subordination des personnes africaines ou autochtones.

Une ethnie ou un groupe ethnique représente une population qui considère avoir en commun une ascendance, une histoire, une culture, une langue, un mode de vie, et bien souvent plusieurs de ces éléments à la fois.

Une personne racisée appartient à un des groupes ayant subi un processus de « racisation ». La racisation est le processus par lequel une personne est associée à une « race » déterminée. La notion de racisation reconnaît que la race est une construction sociale qui résulte non pas de la réalité biologique, mais plutôt d’un processus de catégorisation externe opéré par un groupe majoritaire.

Il s’agit des avantages invisibles, mais systématiques dont bénéficient les personnes perçues comme blanches, uniquement parce qu’elles sont  blanches. Ces avantages sont invisibles pour les personnes qui en bénéficient. Bénéficier du privilège blanc ne signifie pas qu’une personne n’ait pas eu a traverser des épreuves difficiles ou n’ait pas eu des désavantages dû à une partie de son identité (ex. son genre, sa classe sociale, son orientation sexuelle, etc.). Cela signifie simplement que la couleur de sa peau ou son ethnicité n’ont jamais été un obstacle à sa réussite et son bien-être.

Ce concept à été développé notamment par la chercheuse américaine Peggy McIntosh à partir de 1988.

Voici quelques exemples de privilèges blanc (source: Alexandra Pierre "Mots choisis pour réfléchir au racisme et à l'anti-racisme", 2017) :

  • Être largement représenté.e au sein du pouvoir politique et dans les médias 
  • Être assuré.e que l’histoire enseignée à l’école représente de manière majoritaire et positive mon groupe
  • Trouver facilement des affiches, des livres d’images, des poupées ou des magazines pour enfant représentant mon groupe 
  • Ne pas subir de contrôle d’identité par la police sans raison apparente
  • Se sentir bienvenu.e et « normal.e » dans la plupart des situations liées à la vie publique, institutionnelle et sociale
  • Ne pas avoir à exprimer ou à se justifier au nom de tous les membres de son groupe 

Politique d’occupation, de domination et d’exploitation de territoires et des peuples autochtones dans l’intérêt du pays colonisateur. Le colonialisme s'est révélé être une entreprise qui n'aurait pu exister sans le support idéologique du racisme.

Parlons discriminations

Idéologie qui considère que les personnes et les groupes sont inégaux entre eux sur la base de l’appartenance « ethnique » ou « raciale ». La suprématie blanche est intrinsèque à cette idéologie qui considère la race comme étant une catégorie biologique (et non pas socialement construite). Cette pseudoscience que sont les théories raciales va alors légitimer l’esclavage et l’exploitation des personnes autochtones et racisées durant des siècles.

L’ensemble des expressions externes entre les individus, comprenant les discriminations et les préjugés, basé sur l’idée que les personnes racisées sont inférieures aux personnes blanches. Le racisme individuel n’est pas nécessairement conscient; il est souvent lié au mépris et à l’hostilité envers les personnes autochtones et racisées qui sont un héritage de l’époque du colonialisme et de l’esclavage, et de la dominance de la pensée raciste dans l’histoire contemporaine, plutôt qu’à une appartenance consciente de l’idéologie raciste.

Concept qui désigne l'ensemble de la structure sociétale qui maintient un système d’inégalités qui privilégie et opprime différents groupes raciaux dans la société. En même temps que ces inégalités confèrent des privilèges aux personnes blanches, ils portent atteinte aux droits des personnes racisées et autochtones. Comme le sexisme, le racisme est un système hérité et dont on n'a pas toujours conscience. Elle se distingue de la discrimination ouverte en ce qu'aucune intention individuelle ou institutionnelle n'est nécessaire.  

Au Québec et au Canada, le racisme systémique se manifeste dans tous les domaines de la vie en société: dans les interpellations policières et le système de justice, les soins de santé, l’accès au marché du travail, l’industrie de la culture et les médias, les personnes noires, autochtones et racisées subissent des discriminations de manière disproportionnée par rapport au reste de la population.

Il s’agit d’un stéréotype social qui est formée inconsciemment par rapport à certains groupes de personnes en fonction de caractéristiques faciles à observer, comme l’âge, le poids, la couleur de la peau ou le genre. Les biais inconscients sont beaucoup plus répandus que les préjugés conscients et sont souvent incompatibles avec les valeurs conscientes de la personne qui les a.

Croyance préconçue et apprise (souvent très jeune) sur un groupe de personnes. Les stéréotypes cherchent à expliquer ce que les gens font (les conduites et comportements) par ce qu’ils sont (leur groupe “raciale” ou ethnique, leur genre, etc.)  Il s’agit de croyances tenues par une collectivité.

Opinion ou attitude défavorable envers une ou plusieurs personnes en raison de leur appartenance à un groupe particulier. Les préjugés sont tenus par des individus, et ne sont pas fondés sur l’expérience réelle.

Traitement injuste et différentiel basé sur des caractéristiques personnelles biologiques, immuables comme  la couleur de peau, le sexe, l’origine ethnique, la religion, les limitations physiques, ou l’âge.

Les stéréotypes mènent aux préjugés et par la suite, les préjugés mènent aux discriminations. Les stéréotypes sont de l’ordre du mental, alors que les discriminations sont des comportements. 

Exemple :

  • « Les filles sont douces et gentilles » est un stéréotype.
  • « C'est parce qu'elles sont douces et gentilles qu'elles ne peuvent pas faire de bonnes directrices » est un préjugé, un jugement émis sur les femmes.
  • « Je ne vais pas engager une femme comme directrice car elle sera trop gentille » est une forme de discrimination. 

Exemple tiré de "Stéréotypes, préjugés et discriminations sexistes" (Fédération Wallonie-Bruxelles)

Hostilité envers les étrangers ou ce qui provient de l’étranger. Elle est principalement motivée par la peur de l’inconnu, et de perdre sa propre identité.

L'idée et idéologie selon laquelle les personnes blanches et les idées, pensées, croyances et actions des personnes blanches sont supérieures aux personnes racisées et à leurs idées, pensées, croyances et actions. La suprématie blanche s'exprime aussi bien sur le plan interpersonnel que structurel, par le biais de nos gouvernements, de nos systèmes éducatifs, etc.

Le racisme antiblanc est un mythe. Les attitudes désobligeantes concernant les personnes blanches sont des exemples de préjugés ou de ressentiments, et non de racisme. Les préjugés raciaux désignent un ensemble d'attitudes discriminatoires ou négatives fondées sur des hypothèses découlant de perceptions de la race qui peuvent effectivement être dirigés contre les personnes blanches, mais ne sont pas considérés comme du racisme en raison de la relation systémique de pouvoir, qui favorise les personnes blanches.

À la différence du racisme, même s'il en est issu, le colorisme est une discrimination basée sur le teint de la peau. Plus la peau d’un individu est claire, plus ce dernier est valorisé. Selon le psychiatre Frantz Fanon, le colorisme peut être considéré comme une recherche de ressemblance au colonisateur. Contrairement au racisme, cette discrimination se manifeste entre les membres d’une même communauté.

Lorsqu’une personne racisée s’identifie elle-même aux préjugés et stéréotypes contre son propre groupe racisé dont elle fait partie et qui en vient à accepter les messages négatifs portés à son égard, ou à perpétuer ces croyances en opprimant et en discriminant les membres de son propre groupe racisé.

Comportements et attitudes

Une faible tolérance chez les personnes blanches lors de discussions qui portent sur le racisme ou sur leurs privilèges, caractérisée par des attitudes, des réactions sur la défensive et des émotions telles que la colère, la peur et la culpabilité.

Ce concept a été proposé en 2011 par l'universitaire américaine Robin DiAngelo.

La croyance que l'appartenance à un groupe racial ne doit pas être prise en compte, ni même remarquée.

Lorsqu’on dit qu’on ne voit pas la race et qu’on refuse de reconnaître la couleur, la culture et l’ethnicité des individus qui nous entoure, on refuse de manière inadvertante de reconnaître le racisme et la discrimination que ces personnes peuvent vivre. « Ne pas voir les couleurs » nous empêche de reconnaître la marginalisation et l’exclusion que vivent parfois les personnes autochtones et racisées mais aussi de comprendre comment le racisme systémique perpétue et renforce les situations précaires dans lesquelles les personnes autochtones et racisées peuvent se retrouver.
 

Les micro-agressions sont des actions ou comportements verbaux ou non-verbaux qui communiquent des messages condescendants, dérogatoires, ou négatifs ciblant des personnes racisées ou autochtones, en lien avec leur appartenance à un (ou plusieurs) groupe marginalisé. L’auteur ou l'autrice de la micro-agression peut être inconscient.e de ses actions qui relèvent de biais implicites. 

Exemples: « mais tu viens d’où vraiment? », « aujourd’hui on ne peut plus poser de question », « vous êtes trop sensibles », « est ce que tu te laves les cheveux ? », « ça a coûté combien à tes parents de t’adopter? »

Les micro-agressions sont frustrantes et invalidantes pour la personne visée, et ont des effets néfastes sur la santé mentale des personnes envers lesquelles elles sont dirigées.

 

Lorsque les membres de certains groupes racisées ou ethniques font l’objet d’une surveillance de la part des forces de sécurité plus poussée que d’autres. Le profilage racial est donc généralement défini comme une disparité raciale dans les arrêts et les perquisitions de la police, l’augmentation des patrouilles de police dans les quartiers où vivent des minorités raciales et des activités d’infiltration ou de piqûres ciblant des groupes ethniques particuliers

Se produit lorsqu’une personne adopte les codes culturels ou spirituels d’une culture à laquelle elle n’appartient pas. Ces gestes sont particulièrement nuisibles lorsque la culture faisant l’objet de l’appropriation est celle d’un groupe marginalisé et/ou historiquement opprimé.

Éléments de solution

L'antiracisme est un effort actif et conscient pour lutter contre les aspects multidimensionnels du racisme, incluant les opinions, les actions, les mouvements et les politiques mises en place, adoptées, ou développées pour lutter et s'opposer à toutes formes de racisme et de discrimination.

Il s’agit de personnes qui luttent contre une forme d’oppression sans en subir directement les conséquences. Par exemple, des hommes féministes, les hétérosexuels qui agissent contre l’homophobie ou des personnes blanches qui se mobilisent contre le racisme. Étant donné qu’ils sont souvent moins marginalisés que ceux dont ils défendent les intérêts, les allié.e.s sont souvent davantage écoutés par la majorité. Par contre, il faut faire attention, car ce privilège peut entraîner un effet pervers et alors attirer l’attention sur la personne alliée en question plutôt que sur la cause, et/ou de mettre en lumière sa perspective plutôt que celle des personnes impactées. 

L'égalité, c'est traiter tout le monde de la même manière, alors que l’équité, c’est donner à chacun ce dont il ou elle a besoin pour réussir.

L'intersectionnalité est un outil conçu pour analyser la façon dont les différentes hiérarchies sociales s’articulent et se renforcent mutuellement. L'intersectionnalité se veut de prendre en compte tous les aspects de l’identité d’un individu lorsque l’on discute des expériences de discrimination et d’oppression que la personne a vécues. Par exemple, en prenant en compte que les femmes autochtones vivent du sexisme et du racisme, et que de ce fait leurs expériences de vie sont différentes de celles des hommes autochtones, ou de celles des femmes blanches. L’intersectionnalité nous permet une meilleure compréhension de comment les systèmes  d’oppression et de discrimination (racistes et sexistes dans ce cas) s’empilent et se complètent.

Ce terme a été proposé en 1989 par Kimberlé Crenshaw, une universitaire noire américaine féministe.

Pour aller plus loins dans l'analyse, vous pouvez également consulter le lexique qu'a produit la Ligue des droits et libertés. 

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