Libye. Il faut libérer les militant·e·s humanitaires détenus pour avoir tenté d’acheminer de l’aide à Gaza
Les Forces armées arabes libyennes (FAAL) doivent veiller à libérer immédiatement 10 membres du convoi terrestre mondial Sumud détenus arbitrairement depuis plus de deux semaines dans l’est de la Libye, uniquement pour avoir tenté d’acheminer de l’aide à Gaza, alors qu’Israël poursuit son génocide, a déclaré Amnistie internationale le 9 juin 2026.
Le 24 mai 2026, un groupe armé affilié aux Forces armées arabes libyennes (FAAL) autoproclamées, les autorités qui règnent de facto sur l'est et le sud de la Libye, a procédé à l'arrestation arbitraire de 10 militant·e·s humanitaires originaires de huit pays différents. Ces quatre hommes et six femmes ont été arrêtés alors qu'ils se rendaient à Syrte pour négocier avec les autorités locales le passage du convoi.
Après avoir été victimes de disparitions forcées pendant deux à neuf jours, le parquet les a interrogés, avant d’ordonner leur placement en détention provisoire dans l'attente d'une enquête pour « rassemblement non autorisé ». S'ils sont reconnus coupables, ils encourent jusqu'à six mois de prison assortis d’une amende.
« Alors que les Palestinien·ne·s de la bande de Gaza sont confrontés au génocide perpétré par Israël et à une situation humanitaire catastrophique, il est scandaleux que des personnes tentant d’acheminer de l’aide humanitaire et de briser le blocus illégal imposé par Israël soient victimes de détentions arbitraires, de disparitions forcées et de poursuites judiciaires sur la base de fausses accusations en Libye, a déclaré Mahmoud Shalaby, chercheur sur la région à Amnistie internationale.
« Nul ne devrait être sanctionné pour avoir mené une action humanitaire pacifique et tenté de mettre fin à des violations des droits humains. Les Forces armées arabes libyennes (FAAL) doivent veiller à la libération immédiate et inconditionnelle de ces militant·e·s et, dans l’intervalle, garantir qu’ils puissent communiquer rapidement et régulièrement avec leurs familles, des représentants consulaires et leurs avocats, et bénéficier de tous les soins médicaux dont ils ont besoin. »
Du 1er au 4 juin au moins, les détenu·e·s, âgés de 30 à 70 ans et originaires d'Argentine, d'Espagne, des États-Unis, d'Italie, de Pologne, du Portugal, de Tunisie et d'Uruguay, ont observé une grève de la faim pour protester contre leur détention et le fait qu'on leur refuse la possibilité de contacter leurs avocats et leurs familles.
Afin d'enquêter sur l'arrestation et la détention des membres du convoi terrestre mondial Sumud, Amnistie internationale a interrogé un membre de l'équipe juridique de la flottille mondiale Sumud qui était resté en contact avec eux jusqu'à leur arrestation, un membre d'une organisation internationale présente en Libye disposant d'informations sur cette affaire et une personne ayant reçu un appel téléphonique d'un détenu le 4 juin 2026.
Le 17 mai, le convoi, composé de plus de 200 participant·e·s qui avaient l'intention de se rendre à Gaza par la route, a interrompu son périple et établi un campement sur un site à environ 9 km de Syrte, en raison de craintes pour la sécurité du fait de la présence de nombreux hommes armés aux alentours. Une semaine plus tard, le 24 mai, une délégation de 10 participant·e·s au convoi s'est rendue à Syrte afin d’obtenir des autorités locales la permission de poursuivre leur route. Un groupe armé affilié aux Forces armées arabes libyennes (FAAL) les a interpellés à un poste de contrôle près de Syrte, sans les informer des motifs de cette arrestation.
Ces 10 personnes ont ensuite été escortées dans des fourgons blancs banalisés et embarquées de force dans un avion à destination de Benghazi, où elles ont été détenues dans un centre inconnu, sans pouvoir contacter leurs avocats ni leurs familles. Les autorités de l'est de la Libye ont dissimulé le sort exact et le lieu de détention de huit d'entre elles depuis leur arrestation le 24 mai jusqu'au 2 juin, ce qui équivaut à une disparition forcée. Les deux autres ont été victimes d’une disparition forcée pendant deux jours avant qu'un diplomate ne parvienne à leur rendre visite le 27 mai.
La mission du convoi mondial Sumud s’est achevée le 25 mai lorsque des hommes armés non identifiés ont dispersé le campement et contraint ses membres à retourner à Tripoli. Ce jour-là, le ministère des Affaires étrangères du « gouvernement libyen » basé à Benghazi, allié aux Forces armées arabes libyennes (FAAL), a déclaré dans un communiqué que le convoi était entré en Libye pour se rendre à Gaza sans avoir accompli les formalités légales requises ni obtenu les autorisations nécessaires pour entrer et circuler dans le pays.
Selon un membre de l'équipe juridique de la flottille mondiale Sumud, le groupe a passé des mois à se coordonner avec les autorités compétentes et avait obtenu des garanties assurant le passage du convoi en toute sécurité.
Sur une vidéo diffusée par des médias locaux le 2 juin, on peut suivre le transfert des détenu·e·s à bord de véhicules de police jusqu’au bureau du procureur de Benghazi. Les médias locaux ont rapporté que les autorités avaient transféré les 10 militant·e·s vers un centre de détention « illégal » pour migrants lorsque le parquet a ordonné leur détention.
Le 3 juin, ces 10 personnes accusées de « rassemblement non autorisé » ont été interrogées, en présence d’un avocat. Le parquet a ordonné leur placement en détention provisoire pendant 10 jours. À l’issue de l’interrogatoire, elles ont été transférées au siège de l’Agence de sûreté intérieure à Benghazi. Pour la première fois depuis leur arrestation, elles ont été autorisées à appeler leurs familles.
Depuis le début de leur grève de la faim, plusieurs souffrent de complications de santé. Malgré cela, elles ne reçoivent que peu, voire aucun, soin médical dans un centre de détention géré par l’Agence de sûreté intérieure à Benghazi, un groupe armé opérant sous l’autorité de facto des Forces armées arabes libyennes (FAAL) et dont l’implication dans des détentions arbitraires, des actes de torture et mauvais traitements, ainsi que des disparitions forcées est attestée par de nombreux éléments. Au 4 juin, l’Agence de sûreté intérieure refusait toujours à une personne détenue l'accès régulier à ses médicaments contre le diabète. Plusieurs ont souffert d'hypoglycémie, certaines se sont évanouies, tandis qu’une a eu une attaque.
Complément d’information
Le convoi terrestre mondial Sumud est une mission humanitaire civile qui a quitté la Mauritanie le 25 avril 2026 dans le but de briser le siège illégal imposé à Gaza, d'acheminer une aide humanitaire vitale et de soutenir les efforts de reconstruction.
Depuis 2014, la Libye est divisée entre deux entités et institutions parallèles qui se disputent la légitimité et le contrôle du territoire. Le gouvernement d'union nationale basé à Tripoli, mis en place en mars 2021 à l'issue d'un processus de médiation mené par l'ONU, peine à exercer un contrôle effectif sur le territoire libyen. Son rival, le « gouvernement libyen » basé à Benghazi, est allié aux Forces armées arabes libyennes (FAAL), qui contrôlent et exercent des fonctions similaires à celles d’un gouvernement à Benghazi, la deuxième plus grande ville du pays, et dans de vastes régions de l'est et du sud de la Libye, y compris le district de Syrte. Là où des autorités de facto, comme les FAAL, contrôlent le territoire et exercent des fonctions gouvernementales, elles sont tenues de respecter leurs obligations en matière de droits humains.