Iran. Sept manifestants et opposants risquent une mise à mort imminente, après l’exécution arbitraire de quatre hommes en l’espace de 24 heures
En réaction à l’exécution arbitraire et secrète en Iran de quatre opposants depuis lundi 30 mars et à la possibilité qu’au moins sept autres manifestants et opposants connaissent le même sort, Sara Hashash, directrice adjointe du programme régional Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnistie internationale, a déclaré :
« Les autorités iraniennes doivent immédiatement renoncer à leurs éventuels projets consistant à exécuter les opposants Vahid Bani Amerian et Abolhassan Montazer, et les manifestants Mohammad Amin Biglari, Ali Fahim, Abolfazl Salehi Siavashani, Amirhossein Hatami et Shahin Vahedparast Kolo, qui se trouvent à la prison de Ghezel Hesar, dans la province d’Alborz.
« Il est inadmissible qu’à l’heure où la population se trouve sous le choc du conflit et d’un deuil de masse, avec en toile de fond les bombardements aériens que mènent actuellement Israël et les États-Unis, les autorités de la République islamique d’Iran continuent à recourir à la peine de mort afin d’éradiquer les voix dissidentes et de répandre encore davantage la terreur dans le pays.
« Tôt mardi 31 mars, les autorités ont exécuté Babak Alipour et Pouya Ghobadi en secret. Cela a fait suite à l’exécution secrète, la veille, d’Akbar (Shahrokh) Daneshvarkar et de Mohammad Taghavi Sangdehi. Selon des informations reçues par Amnistie internationale, les autorités ont procédé à l’exécution arbitraire de ces quatre hommes sans les en notifier à l’avance, ni leur famille ou leurs avocats, et sans leur permettre de faire leurs adieux. Une source informée a déclaré que les autorités n’ont pas restitué le corps de trois d’entre eux - Babak Alipour, Pouya Ghobadi et Akbar (Shahrokh) Daneshvarkar – à leurs proches, causant une angoisse et une souffrance accrues à ces familles.
« Le sort de Vahid Bani Amerian et d’Abolhassan Montazer suscite de nouvelles craintes, car ils ont été déclarés coupables dans le cadre de la même affaire à l’issue d’un procès manifestement inique et entaché par la torture. Les autorités ont refusé de fournir à leurs familles et leurs avocats la moindre information sur ce qui leur est arrivé et sur l’endroit où ils se trouvent depuis leur transfert vers un lieu non identifié le 30 mars.
« Nous avons également appris avec inquiétude que les autorités ont transféré cinq jeunes manifestants - Mohammad Amin Biglari, Ali Fahim, Abolfazl Salehi Siavashani, Amirhossein Hatami et Shahin Vahedparast Kolo - de Ghezel Hesar vers un lieu inconnu mardi 31 mars au matin, ce qui fait craindre une exécution imminente. Ils ont été condamnés à mort dans une affaire distincte liée à des infractions qui auraient été commises dans le contexte des manifestations de janvier 2026.
« Ces 11 hommes ont dit avoir été soumis à des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements en détention, notamment des coups, des flagellations, des périodes prolongées à l’isolement, et des menaces de mort alors qu’une arme était braquée sur eux, avant d’être déclarés coupables au terme de procès clairement iniques qui se sont appuyés sur des "aveux" obtenus sous la torture et qui ont seulement duré quelques heures.
« La peine de mort est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit et viole le droit à la vie. Appliquer la peine capitale après un procès marqué par de graves atteintes aux normes d’équité rend l’exécution arbitraire. Tous les États doivent demander en urgence aux autorités iraniennes de renoncer à de nouvelles exécutions et d’instaurer immédiatement un moratoire sur ce châtiment en vue d’abolir la peine de mort. »
Complément d’information
Vahid Bani Amerian, Abolhassan Montazer, Babak Alipour, Pouya Ghobadi, Akbar (Shahrokh) Daneshvarkar et Mohammad Taghavi Sangdehi ont été condamnés à mort à l’issue de procédures iniques devant un tribunal révolutionnaire à Téhéran en octobre 2024.
Ils ont été condamnés à mort pour « rébellion armée contre l'État » (baghi), sur la base d’allégations de soutien à l'Organisation des moudjahidin du peuple d’Iran (OMPI), un groupe d'opposition interdit. Ils ont nié à maintes reprises avoir pris les armes contre l'État.
Selon des informations obtenues auprès de sources bien informées, dans la soirée du 29 mars 2026, Akbar (Shahrokh) Daneshvarkar et Mohammad Taghavi Sangdehi ont soudainement été transférés depuis la Section 4 de la prison Ghezel Hesar vers un lieu non identifié. Le lendemain matin, les autorités ont annoncé leur exécution. Ils ont alors emmené quatre autres hommes, Babak Alipour, Pouya Ghobadi, Vahid Bani Amerian et Abolhassan Montazer, ainsi que 14 autres opposants, également détenus à la Section 4, vers un lieu inconnu.
Le matin du 30 mars, les autorités ont coupé toutes les lignes téléphoniques réservées aux opposants politiques incarcérés à la Section 4 de la prison Ghezel Hesar, qui sont détenus au secret depuis lors.
Le 31 mars, les autorités ont annoncé l’exécution de Babak Alipour et Pouya Ghobadi.
Ces exécutions, qui ont eu lieu les 30 et 31 mars, suivent celles, le 19 March 2026, de Saleh Mohammadi, Mehdi Ghasemi et Saeed Davoudi, qui avaient été arrêtés en relation avec les manifestations de janvier 2026, et la mise à mort présumée de Kouroush Keyvani pour espionnage, le 18 mars 2026.
Saleh Mohammadi a été condamné à mort par le premier tribunal pénal de la province de Qom le 4 février, moins de trois semaines après son arrestation le 15 janvier, en relation avec la mort d’un membre des forces de sécurité lors des manifestations qui se sont déroulées à Qom le 8 janvier. D’après le jugement, qu’Amnistie internationale a pu examiner, il est revenu sur ses « aveux » devant le tribunal, affirmant qu’ils lui avaient été arrachés sous la torture, mais sa déclaration n’a pas été prise en compte et aucune enquête n’a été ordonnée. Selon une source bien informée, les coups qu’il a reçus lui ont occasionné une fracture de la main.
Sept hommes, Mohammad Amin Biglari, Ali Fahim, Abolfazl Salehi Siavashani, Amirhossein Hatami, Shahin Vahedparast Kolor, Shahab Zohdi et Yaser Rajaifar, ont été condamnés à mort pour « inimitié à l’égard de Dieu » (moharebeh) par la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, au motif qu’ils auraient incendié une base des bassidjis (miliciens volontaires). Leur peine a été prononcée le 9 février, moins d’un mois après leur arrestation en janvier 2026.
Une source a indiqué que Mohammad Amin Biglari a été victime d’une disparition forcée pendant plusieurs semaines avant d’être transféré à la prison de Ghezel Hesar. Les autorités ne l’ont pas autorisé à consulter un avocat pendant la phase d’enquête, puis ont désigné un avocat commis d’office qui n’a pas défendu ses intérêts lors d’un procès expéditif dans lequel le tribunal s’est appuyé sur des « aveux » obtenus sous la contrainte pour le déclarer coupable. Sa famille a ensuite engagé un avocat indépendant, rejeté par les autorités, qui l’ont privé d’accès au dossier, entravant sa capacité à déposer un recours devant la Cour suprême.
Depuis le soulèvement Femme, Vie, Liberté de 2022, les autorités iraniennes ont mené une vague d’exécutions, mettant des milliers de personnes à mort après des procès manifestement iniques. Leur rythme tend en outre à s’accélérer depuis la guerre des 12 jours en 2025 et a atteint un niveau que l’on n’avait pas vu depuis plus de 40 ans.