• 17 Aoû 2026
  • Irak
  • Communiqué de presse

Irak. Le gouvernement doit prendre un nouveau cap en mettant fin à l’impunité et en garantissant le respect des droits humains 

Le gouvernement irakien doit honorer ses engagements en matière de droits humains en mettant un terme à l’impunité systémique concernant les droits fondamentaux, en respectant les droits des femmes et des filles et en garantissant les libertés fondamentales, a déclaré Amnistie internationale le 17 août dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre irakien, Ali Al Zaidi, près de 100 jours après l’adoption d’un nouveau programme ministériel.  

Trois mois se sont ainsi écoulés depuis le lancement, le 14 mai 2026, du programme ministériel 2026-2029 du gouvernement, mais la mise en œuvre des promesses visant à renforcer les droits humains, à donner aux femmes le pouvoir d’exercer leurs droits et à soutenir une société civile indépendante n’a guère progressé.   

 Malgré les engagements qui ont été pris visant à lutter contre le fléau de la violence contre les femmes et les filles, les mesures de réparation et de protection restent très insuffisantes, notamment en ce qui concerne les féminicides, car le projet de loi sur la violence au foyer – présenté il y a plus d’une décennie – reste bloqué au niveau du Parlement irakien. De plus, les modifications du Code du statut personnel adoptées en août 2025 – qui sont fondées sur la jurisprudence jafarite (école juridique chiite) – continuent de porter atteinte à l’égalité devant la loi des femmes et des filles par rapport aux hommes.   

 Les militant·e·s de la société civile indépendante, les journalistes et les défenseur·e·s des droits humains se heurtent à des manœuvres d’intimidation, un harcèlement judiciaire et des violences physiques quand ils exercent leur droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique. Les manifestant·e·s pacifiques qui réclament le respect des droits fondamentaux, comme ce fut le cas lors des manifestations de juin et juillet 2026 contre les coupures d’électricité dans la ville d’Al Kut, dans le sud du pays, continuent d’être en butte à des arrestations et à un recours illégal à la force de la part des forces de sécurité.  

« Ce gouvernement doit prendre un nouveau cap pour l’Irak, en particulier pour celles et ceux dont les droits humains sont depuis trop longtemps bafoués en toute impunité : les femmes et les filles, les personnes placées en détention, les victimes de disparitions forcées et leurs proches, les défenseur·e·s des droits humains, les militant·e·s et les professionnel·le·s des médias, a déclaré Razaw Salihy, chercheuse sur l’Irak à Amnistie internationale.  

 « Le Premier ministre doit donner la priorité à l’adoption de dispositions exhaustives contre les violences liées au genre, garantir des enquêtes rapides et impartiales sur les attaques commises contre des militant·e·s, mettre fin aux campagnes de “morale publique” qui portent atteinte à la liberté d’expression et à la dissidence pacifique, et lever les restrictions et toutes les formes d’ingérence qui frappent les médias indépendants. » 

Les défenseur·e·s des droits humains, en particulier celles et ceux qui défendent les droits des femmes, les journalistes et les militant·e·s, continuent d’être la cible d’attaques, de manœuvres d’intimidations et d’un harcèlement judiciaire persistants simplement parce qu’ils font leur travail. Le premier semestre de 2026 a été marqué par une escalade des attaques, avec notamment l’assassinat, le 2 mars, de la militante Yanar Mohammed, à Bagdad, la capitale du pays. Des enquêtes ont été annoncées, mais aucune information n’a été rendue publique quant à leur avancement. Un autre militant a survécu à une tentative d’assassinat, le 21 avril, dans le gouvernorat de Babel. Au lieu de veiller à ce que les responsables de ces attaques ciblées répondent de leurs actes, les autorités irakiennes restreignent activement l’espace civique en appliquant des règles vagues relatives aux « contenus indécents », en imposant des restrictions punitives aux médias indépendants, en recourant à des « mandats d’arrêt dormants » pour semer la peur, et en faisant usage d’une force illégale contre des manifestant·e·s pacifiques.  

Dans les prisons partout en Irak, la surpopulation, l’insalubrité et le manque alarmant d’accès aux soins de santé rendent les conditions de détention cruelles et inhumaines. Les familles des personnes détenues font régulièrement état de mauvais traitements infligés à leurs proches, ainsi que de la privation de soins médicaux ou de retards dans l’accès à ces soins. De plus, malgré la mise en évidence de violations du droit à un procès équitable, des milliers de personnes, principalement condamnées pour des infractions liées au terrorisme, restent exposées au risque d’être exécutées.   

« Ce gouvernement doit démontrer qu’il est fermement déterminé à mettre fin au déni de vérité et de justice dont souffrent depuis longtemps les familles des milliers de victimes de disparitions forcées, en révélant ce qu’il leur est advenu de ces personnes et en accordant des réparations adéquates pour le préjudice subi, a déclaré Razaw Salihy.   

« Le Premier ministre irakien doit également rompre avec le passé en instaurant immédiatement un moratoire officiel sur toutes les exécutions et en faisant le nécessaire afin que justice soit rendue pour les victimes de la torture, qui doit être éradiquée sans plus tarder. »  

 

Complément d’information  

 Cette impunité systémique persistante trouve ses racines dans les violations commises depuis des années par l’État et dans les violations du passé qui sont restées impunies, partout dans le pays. Les autorités ont invariablement manqué à leur devoir de traduire en justice les responsables de la répression violente des manifestations qui ont eu lieu dans tout le pays en 2019, connues sous le nom de mouvement Tishreen, ce qui a privé les victimes et leurs proches de mesures de réparation. De même, la justice continue d’être systématiquement refusée aux familles de milliers d’hommes et de garçons qui ont été arbitrairement arrêtés ou enlevés et qui ont fait l’objet de disparitions forcées à la suite d’opérations militaires menées contre le groupe armé État islamique ; au moins 643  d’entre eux ont ainsi été enlevés dans la région de Saqlawiya, dans le gouvernorat d’Anbar, il y a dix ans, en 2016, et on ignore toujours ce qu’il est advenu d’eux.