Monde. Les gouvernements qui se réunissent à Bonn doivent agir pour le climat
Les États qui participent aux négociations climatiques intermédiaires la semaine prochaine à Bonn, en Allemagne, doivent mettre à profit ces discussions pour transformer les engagements climatiques en un programme concret et réalisable, centré sur les droits, en vue de la COP31 de novembre, a déclaré Amnistie internationale le 5 juin 2026.
Ce qui se passera à Bonn est déterminant, car cela façonnera les négociations, les priorités et le niveau d'ambition des gouvernements présents lors de la COP31 à Antalya, en Turquie, plus tard cette année. Les gouvernements doivent saisir cette occasion de montrer qu'ils sont prêts à traduire les engagements climatiques souscrits dans la résolution adoptée récemment par l'Assemblée générale des Nations unies concernant l'avis consultatif rendu en 2025 par la Cour internationale de justice (CIJ sur le changement climatique, en actions concrètes, fondées sur les droits humains, l'équité et la justice.
« Les gouvernements doivent désormais agir sans perdre de temps afin de s'acquitter de leurs obligations juridiques, à savoir protéger l'humanité et aider les populations touchées à surmonter les préjudices causés par le changement climatique. Une action climatique qui fait fi des droits fondamentaux est injuste, mais aussi moins efficace, a déclaré Ann Harrison, conseillère sur les questions climatiques à Amnistie internationale.
« S’ils veulent obtenir des résultats crédibles à Antalya, il leur faut démontrer à Bonn qu’ils sont déterminés à passer des paroles aux actes. »
Dans des recommandations publiées en amont de la rencontre, Amnistie internationale appelle les gouvernements à s'engager en faveur de l’abandon progressif des énergies fossiles de manière totale, rapide, équitable et dotée de financements dans le cadre d'une transition juste, à augmenter considérablement le financement climatique sous forme de subventions, à accorder des réparations pleines et entières pour les pertes et dommages liés au changement climatique, ainsi qu'à protéger l'espace civique et à consolider la participation des peuples autochtones, des défenseur·e·s des droits environnementaux et des populations affectées aux prises de décisions en matière de climat.
Il est urgent d’agir
Amnistie internationale exhorte toutes les parties aux accords sur le climat à s'appuyer sur les avancées réalisées lors de la récente conférence de Santa Marta pour opérer une transition équitable vers l'abandon des énergies fossiles, sans laisser personne de côté, notamment en cessant de subventionner ce secteur, tout en protégeant les personnes ayant de faibles revenus.
Il importe que le Mécanisme pour une transition juste adopté lors de la COP30 soit efficace et doté dès le départ des ressources nécessaires, afin qu'il accorde la priorité aux droits humains, à la participation efficace de la société civile et des populations concernées, ainsi qu'au consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones.
En outre, Amnistie internationale demande d’augmenter nettement le financement climatique. Selon les données de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), les besoins des pays à faible revenu en matière d'atténuation et d'adaptation sont estimés entre 4 300 et 5 300 milliards d’euros d'ici 2030, l'objectif de 260 milliards d’euros par an d'ici 2035, convenu lors de la COP29, restant bien en deçà des besoins. Le déficit de financement destiné à l'adaptation est particulièrement criant.
« Certains pays ont insisté pour supprimer de la récente résolution de l’Assemblée générale des Nations unies les références au financement climatique, ce qui ne supprime absolument pas l’obligation en la matière. Nous savons que l’argent est disponible ; le choix de savoir comment il est alloué est politique. Il est essentiel que les plus gros pollueurs soient amenés à payer pour les dégâts dont ils sont responsables, a déclaré Ann Harrison.
« Un financement accru, principalement basé sur des subventions, en faveur de l’action pour le climat est primordial afin de garantir la protection des droits de toutes et tous, partout dans le monde, aujourd’hui et à l’avenir. Chacun·e pourra ainsi vivre dignement sur une planète capable de subvenir aux besoins des êtres humains et de préserver les écosystèmes essentiels dont nous faisons partie et dont nous dépendons. »
Enfin, Amnistie internationale demande aux gouvernements d’adopter une approche fondée sur la justice réparatrice et de renforcer leur soutien au Fonds pour les pertes et les préjudices, y compris en veillant à ce qu’il respecte pleinement les droits humains et s’appuie sur une stratégie ambitieuse de mobilisation des ressources.
Accès et inclusion
L’un des principaux enjeux de la rencontre de Bonn sera de déterminer si les négociations sont ouvertes et accessibles aux personnes les plus touchées par le changement climatique. Dans ses recommandations, Amnistie internationale souligne que les populations en première ligne, les peuples autochtones, les défenseur·e·s des droits environnementaux et les groupes marginalisés doivent pouvoir participer de manière significative aux négociations sur le climat. Elle a fait part de ses préoccupations concernant l’obtention de visas pour les participant·e·s à Bonn et invite tous les pays hôtes à mettre en place une procédure d’attribution spécifique pour la CCNUCC.
Par ailleurs, Amnistie internationale appelle l'Allemagne ainsi que la Turquie et l'Australie, qui co-organisent la COP31, à veiller à ce que tous les participant·e·s puissent s'exprimer librement et manifester pacifiquement, sans restrictions injustifiées ni crainte de représailles.
« Bonn doit contribuer à faire pencher la balance en faveur de la justice climatique. Les gouvernements doivent se préparer à faire progresser une transition juste vers l’abandon des combustibles fossiles, ce qui suppose un financement adéquat et des réparations pour les pertes et les préjudices, ainsi que la protection de l’espace civique. S’ils n’y parviennent pas, nous serons face à un nouvel échec pour les populations qui paient déjà le prix de l’inaction climatique », a déclaré Ann Harrison.
Complément d’information
Les négociations climatiques intermédiaires se tiendront à Bonn du 8 au 18 juin. Il s'agit d'une réunion préparatoire essentielle en vue de la COP31, qui se tiendra à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre 2026. Amnistie internationale a publié une synthèse intitulée Recommandations aux Parties à la CCNUCC pour une action en faveur du climat conforme aux droits humains en 2026, en amont de la conférence. Des porte-parole d'Amnesty seront disponibles pour des commentaires d'experts et des interviews lors des rencontres sur le climat à Bonn.