• 21 oct 2026
  • Égypte
  • Communiqué de presse

Égypte. Il faut mettre un terme au harcèlement judiciaire visant Lina Atallah, rédactrice en chef de Mada Masr

En réaction aux informations selon lesquelles Lina Atallah, rédactrice en chef du média indépendant Mada Masr, a été convoquée le 21 octobre 2026 devant le service du procureur général de la sûreté de l’État d’Égypte dans le cadre d’une enquête relative à une nouvelle affaire pénale à son encontre, Yasmine Ahmed, directrice générale chargée de l’Impact régional sur les droits humains à Amnistie internationale, a déclaré : 

« Il est scandaleux que les autorités égyptiennes s’en prennent une nouvelle fois à Lina Atallah en raison du travail de reportage courageux et professionnel réalisé par son équipe chez Mada Masr. Il s’agit de la sixième procédure engagée contre Mada Masr et ses journalistes en six ans, à l’image du harcèlement intense dont font l’objet les journalistes indépendants qui remettent en cause le discours officiel contrôlé par l’État. 

« Lina Atallah dirige avec courage l’un des derniers médias indépendants en Égypte et n’aurait jamais dû faire l’objet de ces enquêtes successives. Les autorités égyptiennes doivent mettre fin aux mesures de harcèlement judiciaire qui visent Lina Atallah et le personnel de Mada Masr. 

« Cette convocation s’inscrit dans une politique de répression plus large contre les médias indépendants et la liberté d’expression. Elle intervient quelques semaines seulement après l’arrestation arbitraire de six journalistes de la plateforme de vérification des faits Matsadaash, actuellement placés en détention provisoire dans l’attente d’une enquête pénale. Au lieu de soumettre à répétition les journalistes à des poursuites injustifiées sur la base d’accusations infondées liées au terrorisme ou à la diffusion de “ fausses informations ”, les autorités doivent libérer les journalistes de Matsadaash et permettre à tous d’enquêter et de publier des reportages sans craindre les intimidations, le harcèlement ou les représailles. » 

Complément d’information 

Depuis six ans, Lina Atallah et ses collègues de Mada Masr ont été visés par six poursuites motivées par des considérations politiques en raison de leurs reportages. Récemment, le 4 août 2025, les autorités ont convoqué Lina Atallah pour l’interroger au sujet d’accusations infondées, notamment « diffusion de fausses nouvelles » et « gestion d’un site Internet sans licence », au sujet d’un article publié le 31 juillet 2025 sur la détérioration des conditions à la prison Badr 3. Elle a été libérée sous caution en attendant les conclusions de l’enquête. L’enquête pénale visant Lina Atallah et des employés de Mada Masr est toujours ouverte dans le cadre de cinq affaires. Mada Masr demande sans succès une licence depuis 2018. 

Le jour où le parquet a convoqué Lina Atallah dans le cadre de l’enquête, le président Abdelfattah al Sissi a pris la parole lors de la conférence « Forum Égypte 2026 », affirmant que le gouvernement « écoute, dialogue et accepte toute critique ». 

La répression ciblant les journalistes a également visé ceux qui ont pris part à un sit-in au Syndicat des journalistes, qui a débuté le 3 octobre 2026, en solidarité avec les journalistes de Matsadaash détenus de manière arbitraire. Le 5 octobre, la journaliste Rasha Azab, qui y avait participé, a été interrogée au sujet d’une publication sur les réseaux sociaux critiquant le ministère de l’Intérieur. Le service du procureur général de la sûreté de l’État l’a accusée d’infractions liées au terrorisme et l’a libérée sous caution pour un montant de 10 000 livres égyptiennes (164 euros). Le 19 octobre, les journalistes ont annoncé qu’ils suspendaient le sit-in. 

D'après le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), au moins 18 journalistes ont été incarcérés en Égypte. Des centaines de sites Internet sont toujours bloqués dans le pays, dont celui de Mada Masr, d’autres médias et d’ONG indépendantes.