Égypte. Il faut abandonner les charges retenues contre des militant·e·s arrêtés pour avoir demandé la libération de personnes injustement emprisonnées
Les autorités égyptiennes doivent immédiatement abandonner les poursuites injustes lancées contre trois militant·e·s en faveur des droits humains, uniquement arrêtés pour avoir organisé un événement pacifique afin de réclamer la libération des personnes soumises à une détention arbitraire, a déclaré Amnistie internationale jeudi 4 juin.
Le 25 mai, la police égyptienne a arrêté Hanan Altantawy, pharmacienne, et les avocat·e·s Mohamed Abu al Dayyar et Wafaa al Masry, tous membres du groupe informel du Comité de défense des prisonniers d’opinion (CDPC), en raison du rôle joué par ce groupe dans l’organisation, deux semaines auparavant au Caire, d’un événement public mettant en avant des cas de personnes détenues pour des raisons politiques. Hanan Altantawy et Wafaa al Masry ont été libérées sous caution le jour de leur arrestation, mais le parquet a ordonné le maintien d’Abu al Dayyar en détention provisoire pour 15 jours. Tous trois sont visés par des enquêtes en relation avec des accusations de « dissémination de fausses nouvelles », Abu al Sayyar étant en outre accusé de faits liés au terrorisme.
« En menant ces poursuites injustes, le gouvernement du président Abdel Fattah al Sisi indique clairement qu’il n’a aucune intention de changer de cap ni de trouver de solution à la crise des détentions arbitraires que connaît le pays depuis une décennie. Il est absolument hypocrite de la part des autorités d’affirmer à des partenaires internationaux tels que l’UE que des progrès ont été accomplis sur le terrain des droits humains, tout en arrêtant des personnes parce qu’elles ont défendu de manière non violente la justice et la liberté pour des militant·e·s, des journalistes et des politiciens incarcérés de manière injuste », a déclaré Mahmoud Shalaby, spécialiste de la région à Amnistie internationale.
« Au lieu d’arrêter des militant·e·s pacifiques, les autorités égyptiennes doivent cesser leur répression implacable contre la liberté d’expression et d’assemblée pacifique, et mettre fin au recours généralisé à la détention arbitraire visant à intimider les militant·e·s, mesure qui a dévasté des milliers de vies. Les autorités doivent libérer Mohamed Abu al Dayyar immédiatement et sans condition, et abandonner toutes les charges retenues contre Hanan Altantawy et Wafaa al Masry. »
Le 12 mai, le CDPC a organisé une exposition publique, intitulée Ils ne devraient pas être en prison, au siège du parti politique Pain et Liberté, au Caire, mettant en avant les cas de plusieurs personnes détenues de manière arbitraire, notamment Ashraf Omar, Marwa Arafa, Mohamed Adel et Yehia Hussein Abdelhady.
Le 25 mai, vers 1 heure du matin, des policiers se sont présentés au domicile d’Abu al Dayyar, ancien directeur de campagne du candidat à l’élection présidentielle Ahmed Altantawy, et l’ont arrêté. Le service du procureur général de la sûreté de l’État a ouvert des enquêtes contre lui sur la base d’accusations d’« adhésion à un groupe terroriste », de « dissémination de fausses informations » et d’« utilisation d’un site Internet afin de promouvoir des activités terroristes ». Ils l’ont interrogé au sujet du travail du CDPC, de son exposition et du lieu choisi pour celle-ci, ainsi que sur les raisons pour lesquelles il travaillait sur la campagne électorale d’Ahmed Altantawy, selon son avocat de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne.
Afin d’étayer les accusations le visant, la police a soumis à titre de preuve une capture d’écran d’une publication Facebook sur des prisonniers d’opinion et un CD contenant des éléments relatifs à des photos faisant partie de l’exposition.
Ce n’est pas la première fois que les autorités égyptiennes s’en prennent à Abu al Dayyar. En février 2024, un tribunal l’a condamné à un an de prison pour conspiration et incitation à « disséminer du matériel électoral sans autorisation ». Ces charges découlent d’appels lancés par la campagne électorale d’Ahmed Altantawy , demandant au public de remplir des formulaires de soutien en ligne, après que ses sympathisant·e·s se sont heurtés à des obstacles et des actes d’intimidation lorsqu’ils ont essayé d’enregistrer leur soutien devant notaire.
Quelques heures après l’arrestation d’Abu al Dayyar, le 25 mai, la police a appréhendé Wafaa al Masry sur la côte nord du pays, où elle passait des vacances. Le service du procureur général de la sûreté de l’État l’a soumise à une enquête pour « dissémination de fausses nouvelles », d’après son avocate, la défenseure des droits humains Mahienour El Massry. Elle a été interrogée au sujet de son rôle dans l’organisation de l’exposition et des critères utilisés par le CDPC afin de sélectionner des cas pour ses campagnes, entre autres questions. Le même jour, des procureurs ont ordonné sa libération dans l’attente des résultats de l’enquête, moyennant une caution d’environ 957 dollars des États-Unis.
Par ailleurs, le matin du 25 mai, la police s’est rendue au domicile d’Hanan Altantawy à Guizeh et l’ont arrêtée, selon Nabeh Elganadi, avocat spécialiste de la défense des droits humains. Le service du procureur général de la sûreté de l’État a ouvert une enquête sur elle pour « dissémination de fausses informations » et l’a interrogée sur le travail du CDPC et l’exposition. Le même jour, des procureurs ont ordonné sa libération dans l’attente d’un complément d’enquête, contre une caution d’un montant de 957 dollars des États-Unis.
Le 17 mai, le CDPC a publié une déclaration dénonçant les arrestations et les manœuvres d’intimidation visant des proches de personnes placées en détention pour des motifs politiques en relation avec l’exposition organisée par le CDPC. Amnistie internationale a appris que les autorités ont arrêté plusieurs parents de personnes détenues en relation avec l’exposition, avant de les relâcher les jours suivants.
Le CDPC est un groupe informel réunissant des membres de partis politiques, des militant·e·s et d’autres figures publiques qui se sont rassemblées en novembre 2025 afin de se mobiliser en faveur de la libération de toutes les personnes injustement incarcérées, par le biais d’un travail de plaidoyer par les voies juridique, médiatique et politique.
Complément d’information
Des milliers d’autres personnes continuent à languir en détention arbitraire pour avoir simplement exercé leurs droits humains ou à la suite de procès manifestement iniques ou dénués de tout fondement juridique. En novembre 2025, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a déploré que la prolifération des affaires de détention arbitraire en Égypte indique que cette pratique est systématique ou monnaie courante dans le pays.