Chine. La peine maximale infligée à l’artiste Gao Zhen représente une attaque contre la liberté artistique
Réagissant aux informations indiquant que l’artiste chinois Gao Zhen a été déclaré coupable d’« atteinte à la réputation et à l’honneur des héros et des martyrs de la Chine » et condamné à trois ans d’emprisonnement, Sarah Brooks, directrice du programme Chine à Amnistie internationale, a déclaré :
« La longue détention provisoire qu’a subie Gao Zhen puis la décision de le déclarer coupable et de le condamner à la peine maximale de trois ans d’emprisonnement prévue pour cette infraction illustrent la détermination des autorités à dissuader d’autres personnes de donner libre cours à une expression artistique indépendante.
« Aucun artiste ne devrait faire l’objet de sanctions pénales pour avoir créé une œuvre qui remet en cause le discours officiel et encourage une réflexion critique sur l’histoire.
« Ce procès montre que des lois formulées en termes vagues et motivées par des enjeux politiques sont utilisées – et même, dans ce cas précis, appliquées rétroactivement – pour museler les artistes, les militant·e·s et les autres personnes qui osent exprimer des opinions différentes de celles du gouvernement chinois. »
La répression à laquelle se livrent les autorités chinoises ne s’est pas arrêtée à Gao Zhen lui-même. Sa femme et son enfant, qui n’ont été accusés d’aucun crime, auraient pourtant subi un harcèlement et des manœuvres d’intimidation et ils ne peuvent pas quitter la Chine depuis son placement en détention.
Sarah Brooks a ajouté : « Les représailles visant les membres de la famille de Gao Zhen constituent une stratégie extrêmement inquiétante et relèvent de la punition collective.
« La condamnation de Gao Zhen doit être annulée, toutes les accusations retenues contre lui doivent être abandonnées, et il doit être libéré immédiatement et sans condition. Le harcèlement et les menaces visant la famille de Gao Zhen doivent cesser, et son épouse et son enfant doivent être autorisés à quitter librement le pays.
« Les autorités chinoises doivent abroger la loi relative aux héros et aux martyrs, à moins qu’elles ne garantissent sa conformité avec les normes internationales relatives aux droits humains, et elles doivent cesser de réprimer pénalement l’expression pacifique et la création artistique. »
Contexte
Gao Zhen, artiste chinois et résident permanent aux États-Unis, a été arrêté en août 2024 en raison de soupçons d’« atteinte à la réputation et à l’honneur des héros et des martyrs ». Ces accusations étaient liées à son travail artistique, datant d’une décennie ou plus, qui selon les autorités insulte des figures de la révolution.
Le 25 août 2026, le tribunal populaire de la ville de Sanhe, dans la province du Hebei, l’a condamné à trois ans d’emprisonnement, sa peine devant prendre fin le 25 août 2027. Gao Zhen a décidé de faire appel de sa déclaration de culpabilité et de la peine qui lui a été infligée.
Gao Zhen est l’un des membres du duo artistique des frères Gao, de renommée internationale. Les deux frères sont connus pour leurs œuvres d’art contemporain qui s’intéressent à l’histoire de la Chine, au pouvoir de l’État et aux changements sociaux.
Son état de santé et son bien-être en détention suscitent par ailleurs de vives inquiétudes. Gao Zhen, qui est à présent âgé de 70 ans, souffrirait de plusieurs problèmes de santé, notamment d’une pathologie du rachis lombaire et d’une accumulation de liquide dans les genoux. Selon des informations fiables, il a plusieurs fois perdu connaissance au cours de sa détention. Ses communications avec sa famille auraient également été fortement restreintes depuis mai 2025.
Selon certaines informations, l’épouse de Gao Zhen fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire, apparemment pour des raisons de sécurité nationale, ce qui l’empêche, ainsi que leur fils, de quitter la Chine. En août 2026, Amnistie internationale a mis en avant le cas de Gao Zhen dans une lettre adressée aux dirigeant·e·s de l’Union européenne concernant l’utilisation de l’interdiction de sortie du territoire contre des défenseur·e·s des droits humains et leurs proches en Chine.