S'impliquer

Militant | Témoignage

Suzanne Chénier

Membre du groupe 58, St-Jérôme/Laurentide
Longtemps journaliste pour l'Écho du Nord, madame Chenier est militante depuis plus de 33 ans.

Je suis devenue membre d’AI en 1980 environ. Étant journaliste dans un journal hebdomadaire, j’ai toujours été à l’affût des nouvelles, mêmes internationales. J’ai entendu parler d’AI pour la première fois par un membre du conseil d’administration de la Section canadiennefrancophone, Jean-Luc Hétu. Il avait présenté le mouvement lors de l’un de nos déjeuners du Cercle de presse à St-Jérôme. J’ai alors décidé avec une autre dame, Huguette Boutin, avec qui je suivais des cours pour l’accueil des réfugiés asiatiques (cambodgiens, vietnamiens et laotiens), de mettre sur pied un groupe d’AI à St-Jérôme. Comme j’ai toujours adoré écrire, de savoir que l’on pouvait sauver des vies, simplement en écrivant des lettres et en faisant pression sur des dirigeants de divers pays en faveur des prisonniers politiques, j’ai décidé de plonger.

Un petit groupe d’AI existait à St-Jérôme en 1979, mais il n’était pas officiellement accrédité. Alors nous avons relancé le groupe en quelque sorte et travaillé pendant un an, à rédiger des lettres et à organiser des rencontres mensuelles, pour finalement obtenir l'accréditation à la fin de l’année. Depuis ce temps, nous avons obtenu environ 15 dossiers. Le premier qui nous a été confié était celui du père Iosif Svidnitsky, un prêtre catholique de l’ancienne URSS qui avait été condamné aux travaux forcés pour avoir célébré la messe sans l’autorisation de l’État. Il avait été envoyé à Novosibirsk en Sibérie. En deux ans, nous avons fait imprimer plus de 15 000 cartes postales avec la figure du père Svidnitsky, nous avons aussi mené une vaste campagne d’information sur son cas avec la bénédiction de l’évêque de St-Jérôme de l’époque, Mgr Charles Valois, et écrit des centaines de lettres. Nous avons aussi travaillé avec des groupes religieux et communautaires pour aider à le faire libérer. Notre groupe était jumelé avec un autre en Allemagne de l’Ouest. Le père Svidnitsky a finalement été libéré.

Je dis toujours à qui veut l’entendre qu’avec AI je cultive ma patience et ma persévérance. Grâce à mon implication dans le mouvement, j’ai appris que rien n’est impossible et qu’une  simple signature peut avoir du pouvoir et sauver une vie. Amnistie internationale a changé ma vie et par le fait même celle de mon entourage et de ma famille. Je suis davantage empathique et ouverte aux autres et je tente de comprendre ce qu’ils vivent. Je m’aperçois qu’il y a des choses qui me fatiguent énormément aussi et que je n’accepte plus, le racisme, le jugement précoce, l’ignorance et la bêtise humaine.

DÉFIS ET DIFFICULTÉS

Je dirais que le plus difficile, c’est de convaincre les gens que ceux que nous défendons sont des personnes dont les droits n’ont pas été respectés et que nous sommes responsables les uns des autres, et qu’AI ça marche vraiment. Nous ne sommes pas impuissants. Le pire, c’est l’individualisme. Quand c’est trop difficile de convaincre certaines personnes, je me tourne vers celles qui sont déjà convaincues et qui peuvent nous aider à faire avancer la cause d’AI.

Depuis le début de notre implication auprès d'AI, les membres de mon groupe ont toujours privilégié le partage avec d’autres groupes de solidarité internationale, de femmes, communautaires, artistiques et autres. Lorsque nous organisons un événement, tous ces groupes sont invités à y participer et ils font de même pour nous. C’est stimulant pour tout le monde et souvent nos préoccupations se rejoignent (les mines canadiennes à l’étranger, la violence faite aux femmes, les enfants soldats, le registre des armes à feu, etc.). À Saint-Jérôme, c’est le groupe d’AI qui est responsable de la Place de la paix où, chaque année, nous plantons un arbre avec l’aval de la ville et de nombreux groupes et organisations de femmes.

Chaque arbre porte un nom de femme: Amina Lawal, une Nigériane menacée de lapidation, Zahra Kazimi, la photojournaliste battue à mort dans son pays d’origine, Digna Ochoa, une avocate mexicaine défenseure des droits humains, Carmen Quintana, une Chilienne affreusement brûlée par l’armée d’Augusto Pinochet (Carmen, ses deux soeurs et son père étaient avec nous en 2010), Anastasia De Sousa, la jeune femme de 18 ans tuée dans la fusillade du collège Dawson de Montréal, le 13 septembre 2006.

En 2008, nous avons eu l’immense plaisir de planter un arbre pour souligner la libération du prisonnier d’opinion tunisien Abderrahman (Abdu) Khalladi en sa présence. Nous avons travaillé pendant deux ans à sa libération avec deux autres groupes d’AI en Angleterre et aux États-Unis. Abdu avait fait partie également de la Campagne des cartes de voeux d’AI. Lors de son passage à St-Jérôme, où il a livré un émouvant témoignage, il avait même apporté des cartes que des enfants de St-Jérôme lui avait fait parvenir lors de ses 11 ans d’incarcération. C’était un moment inoubliable pour tous ceux qui étaient présents. Abdu est réfugié au Canada, à St-Catharines, près de Toronto où il habite avec sa famille. Nous sommes d’ailleurs toujours en contact avec lui.

En 2010, Carmen Quintana est venue du Chili pour faire des présentations à Montréal et pour voir l’arbre que nous avions planté en son nom. Elle était aussi présente pour la plantation de l’arbre commémorant les 20 ans de la tuerie à l’école Polytechnique de Montréal. Le 12 octobre 2010, avec nos partenaires, nous avons planté le 11e arbre d’AI à la Place de la paix de St-Jérôme pour souligner les 10 ans de la Marche mondiale des femmes. Lors de l’événement, nous avons aussi fait signer une pétition en faveur de WOZA (Women of Zimbabwe arise), un groupe de femmes, dont le dossier nous a été confié.

Longtemps journaliste pour l'Écho du Nord, madame Chenier est militante depuis plus de 33 ans.