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TOUTES LES PERSONNES DÉTENUES ARBITRAIREMENT DOIVENT ÊTRE LIBÉRÉES

CONTEXTE

Entre le 25 décembre 2025 et le 19 janvier 2026, les autorités du Venezuela ont libéré un certain nombre de personnes détenues arbitrairement pour des raisons politiques, dont Roland Carreño et Biagio Pillieri, ainsi que les prisonniers d’opinion Rocío San Miguel et Carlos Julio Rojas. Cependant, au moins 780 personnes se trouvent toujours en détention arbitraire pour des raisons politiques selon l’ONG Foro Penal. Nous appelons la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, à libérer toutes les personnes détenues arbitrairement et à protéger leur vie, leur sécurité et leurs garanties relatives à un procès équitable tant qu’elles seront en détention.

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Dans le cadre de sa politique de répression mise en place de longue date pour réduire au silence toute forme de dissidence réelle ou supposée, le gouvernement du Venezuela a toujours utilisé les détentions arbitraires à caractère politique pour persécuter des personnes dans le pays. Depuis de nombreuses années, les autorités pratiquent un système de « porte tournante » des détentions, où les libérations sont généralement suivies d’un nouveau placement en détention. De la même manière, les personnes libérées restent soumises à des poursuites pénales arbitraires et des restrictions de leur liberté, qui perpétuent la peur, la revictimisation et les violations des droits humains. Le recours à cette pratique a atteint des sommets inédits après l’élection du 28 juillet 2024, avec plus de 2 000 personnes détenues arbitrairement pour des raisons politiques, dont beaucoup ont été accusées de terrorisme et d’incitation à la haine, apparemment sans fondement, y compris parmi des catégories vulnérables de la population telles que les enfants et les personnes en situation de handicap.

Entre décembre 2025 et début janvier 2026, les autorités ont libéré une petite partie des quelque 1 000 personnes qui étaient alors détenues arbitrairement pour des raisons politiques. Le 3 janvier, l’intervention militaire des États-Unis au Venezuela a abouti à la capture de Nicolás Maduro et de Cilia Flores, ainsi qu’à la prise de fonctions de Delcy Rodriguez comme présidente par intérim du Venezuela. Quelques jours après, le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodríguez, a annoncé qu’un « nombre considérable » de personnes détenues allaient être libérées. Les organisations de la société civile n’ont pu vérifier qu’environ 150 libérations depuis le 8 janvier 2026. Selon l’organisation locale Foro Penal, au 22 janvier 2026, 780 personnes demeuraient détenues arbitrairement pour des raisons politiques.

Depuis 2023, Amnesty International se mobilise en faveur d’Emirlendris Benítez, de Javier Tarazona, de María Auxiliadora Delgado, de Juan Carlos Marrufo, de Darío Estrada et de Robert Franco. Dans une Action urgente précédente et dans son rapport intitulé Detentions Without a Trace, publié en juillet 2025, l’organisation a établi le profil de plusieurs personnes dont l’histoire illustrait le recours généralisé aux disparitions forcées au Venezuela, plus particulièrement entre août 2024 et juin 2025. Les personnes citées dans le rapport étaient Pedro Guanipa, Perkins Rocha, Rafael Ramírez, Américo de Grazia, Biagio Pilieri, Freddy Superlano, Luis Somaza, Alfredo Díaz, Luis Palocz, Ricardo Estevez, Jesús Armas, María Oropeza, Nélida Sánchez, Roland Carreño, Williams Dávila, Edwin Moya, José María Basoa, Andrés Martínez, Rosa Chirinos, Raymar Pérez, Danner Barajas, Damián Rojas, Dennis Lepaje, Yevhenii Trush, Fabián Buglione, Lucas Hunter, Alfredo Díaz, Eduardo Torres, Eudi Andrade et Jorgen Guanares. Au 19 janvier 2026, le sort de Jorgen Guanares et le lieu où il se trouve restaient indéterminés, tandis qu’Alfredo Diaz est mort en détention aux mains des autorités en décembre 2025. Les autres personnes ont été soit libérées, soit localisées.

Dans le cadre de cette politique de répression, le gouvernement n’a cessé de harceler, de poursuivre et de censurer les militant·e·s et les organisations de la société civile qui s’efforcent de protéger les droits des Vénézuélien·ne·s dans une situation complexe d’urgence humanitaire et de profonde crise des droits humains qui les pousse à fuir le pays en nombre sans précédent, en quête de sécurité et de protection. Au 31 mai 2025, plus de 7,9 millions de personnes avaient fui le Venezuela. Depuis 2020, plusieurs rapports de la mission internationale indépendante d’établissement des faits sur la République bolivarienne du Venezuela ont fourni des informations détaillées sur des centaines de cas d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées, de détentions arbitraires, d’actes de torture et d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants commis dans le pays depuis 2014, ainsi que d’exemples d’instrumentalisation de la justice par le gouvernement dans le cadre de sa politique répressive, en concluant que certains de ces crimes de droit international et violations des droits humains pourraient constituer des crimes contre l’humanité. Dans l’un de ceux publiés en 2024, cette mission de l’ONU a indiqué avoir « des motifs raisonnables de croire que le crime de persécution a été commis en République bolivarienne du Venezuela tout au long de la période considérée ». Ces conclusions ont été réitérées dans ses rapports de 2025. Depuis novembre 2021, le Bureau du procureur de la Cour pénale internationale mène une enquête pénale sur la situation au Venezuela, précisément pour « [c]rimes contre l’humanité de privation de liberté ou toute grave privation de liberté physique […] ; torture […] ; viol et/ou autres formes de violence sexuelle d’une gravité comparable […] ; et persécution à caractère politique contre des personnes détenues […], qui ont été commis depuis au moins avril 2017, par des membres des forces de sécurité de l’État, des autorités civiles et des personnes pro-gouvernementales (ou groupes appelés “collectifs”) ».

Crédit photo : AI @Laura Rangel

LETTRE À ENVOYER

Madame la Présidente par intérim,

J’ai appris avec consternation, alors que les autorités vénézuéliennes ont annoncé par la voix du président de l’Assemblée nationale Jorge Rodríguez la libération d’un « nombre considérable » de personnes détenues arbitrairement pour des raisons politiques, qu’au moins 780 personnes demeurent injustement emprisonnées. Cette annonce a suscité et brisé l’espoir de centaines de victimes et de familles qui attendent de retrouver leurs proches après des mois, voire des années, de privation de liberté injustifiée.

Je tiens à vous faire part de ma vive préoccupation au sujet du maintien en détention arbitraire d’au moins 780 personnes, selon l’ONG vénézuélienne Faro Penal, au 22 janvier. Une fois encore, nous rappelons aux autorités vénézuéliennes que les disparitions forcées et la torture sont des actes strictement interdits par le droit international relatif aux droits humains. Les responsables présumés de ces crimes au regard du droit international pourraient faire l’objet d’enquêtes et de poursuites pénales devant des tribunaux indépendants hors du Venezuela.

Des familles, des communautés et des organisations de la société civile font face à l’incertitude sur ce qui pourrait advenir des personnes détenues, pendant qu’elles luttent malgré tout pour le bien-être et la libération des centaines de victimes de détention arbitraire à caractère politique.

Je vous appelle à libérer immédiatement toutes les personnes détenues arbitrairement pour des raisons politiques. Tant que les détenu·e·s se trouvent sous la garde de l’État, leur vie et leur sécurité doivent être protégées, et ils doivent pouvoir bénéficier de toutes les garanties d’un procès équitable, telles que le droit de choisir leur avocat, de recevoir des soins médicaux adéquats et de se voir accorder des visites familiales.

 

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente par intérim, l’expression de ma haute considération

APPELS À 

Delcy Rodríguez, Présidente de la République par intérim

Palacio de Miraflores,

Av. Nte. 10, Caracas 1012,

Caracas, Venezuela