• Sierra Leone

TROIS PERSONNES EXPULSÉES DES ÉTATS-UNIS RISQUENT D’ÊTRE RENVOYÉES DANS LEURS PAYS D’ORIGINE

CONTEXTE

Le 12 octobre 2026, le Service de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE) a expulsé Abalo Agba, Alfred Kamara, Fatou Traore et cinq autres personnes vers la Sierra Leone. Avant leur expulsion, des juges américains chargés des questions d’immigration leur avaient accordé une protection contre le rapatriement vers leur pays d’origine, car ils risquaient d’y subir de graves préjudices. Pourtant, le gouvernement sierra-léonais risque de les renvoyer illégalement dans leur pays d’origine de manière imminente. Les autorités de Sierra Leone doivent immédiatement mettre fin à ces mesures de renvoi et leur permettre d'avoir accès à des procédures d'asile équitables et efficaces, ainsi qu'à une assistance juridique indépendante.

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Abalo Agba, Alfred Kamara et Fatou Traore ont été expulsés par les autorités états-uniennes vers la Sierra Leone le 12 octobre 2026, en compagnie de cinq autres personnes, et séparés de leurs familles qui se trouvent aux États-Unis. Avant d’être expulsé, Abalo Agba, 56 ans, originaire du Togo et père de deux enfants de moins de 18 ans, vivait aux États-Unis depuis 2001. Alfred Kamara, un Libérien de 56 ans, vivait aux États-Unis depuis 1994 et est père de deux enfants, dont un a moins de 18 ans. Fatou Traore, une femme de 43 ans originaire de Côte d’Ivoire, est mère de quatre enfants, dont le plus jeune a trois ans ; elle vivait aux États-Unis depuis 2005. Les juges américains chargés des questions d’immigration leur ont accordé à tous la protection contre le retour dans leurs pays d’origine (suspension de l’expulsion) en raison des risques de graves violations des droits humains une fois là-bas.

Leur expulsion des États-Unis a fait suite à un accord conclu en janvier 2026 entre les gouvernements de Sierra Leone et des États-Unis, connu en Sierra Leone sous le nom d'« Accord relatif aux ressortissants de pays tiers ». À la faveur d’échanges, le gouvernement de Sierra Leone a accepté d'étudier la possibilité d'accueillir, en provenance des États-Unis, jusqu'à 300 ressortissants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) par an, à raison de 25 par mois maximum. La mise en œuvre de cet accord est financée par une subvention de 1,5 million de dollars américains octroyée par le gouvernement des États-Unis. Des responsables politiques de l'opposition ont souligné que cet accord n'a pas été approuvé par le Parlement.

Le vol affrété par l’ICE le 12 octobre est le cinquième transportant des ressortissants de pays tiers vers la Sierra Leone dans le cadre de cet accord, ce qui porte le nombre total d’arrivées à au moins 45 personnes. Un premier groupe de neuf ressortissants d’Afrique de l’Ouest est arrivé en Sierra Leone le 20 mai 2026. Deux semaines plus tard, le 4 juin, le gouvernement de Sierra Leone a annoncé que les neuf personnes de ce groupe avaient toutes été rapatriées. Un deuxième groupe de 13 personnes a atterri en Sierra Leone le 18 juin 2026. Au 1er août, elles avaient toutes été rapatriées vers leur pays d’origine respectif. Un troisième groupe de 10 personnes est arrivé en Sierra Leone le 31 juillet. Un quatrième vol affrété par l’ICE transportant des ressortissants de pays tiers a atterri en Sierra Leone le 29 août, transportant au moins cinq personnes.

Amnesty International est vivement préoccupée par ce qui ressemble à une politique et une pratique de « porte tournante » : le gouvernement sierra-léonais rapatrie rapidement dans leurs pays d’origine les personnes expulsées des États-Unis, sans déterminer si elles risquent de subir de graves violations des droits humains lors de leur retour. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les besoins de protection internationale de toutes les personnes dont le dossier est connu d’Amnesty International avaient déjà été reconnus aux États-Unis, sous la forme d’une suspension d’expulsion. En vertu du droit international, les gouvernement des États-Unis et de Sierra Leone ont l'interdiction de transférer une personne, directement ou indirectement, vers un lieu où elle serait exposée à un risque réel de graves violations des droits humains (principe de non-refoulement).

Les États-Unis ont conclu des accords en matière d’expulsion de ressortissants de pays tiers avec au moins 13 États africains. Amnesty International reste particulièrement préoccupée par l’absence de garanties procédurales aux États-Unis avant les renvois vers des pays tiers, par les risques de violations des droits humains pour les personnes expulsées dans leurs pays d’origine, ainsi que par les partenariats asymétriques que reflètent les accords de renvoi vers des pays tiers conclus entre le gouvernement états-unien et les pays africains, dans un contexte marqué par la suspension soudaine, chaotique et généralisée de l’aide étrangère états-unienne, ainsi que par l’imposition de droits de douane et de restrictions en matière de visas.

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Crédit photo : Privé via Amnesty International

LETTRE À ENVOYER

Monsieur le Ministre,

Je suis vivement préoccupé·e au regard de la situation d’Abalo Agba, Alfred Kamara, Fatou Traore et d’autres personnes expulsées le 12 octobre 2026 vers la Sierra Leone par le Service de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE), et du risque qu’ils soient illégalement renvoyés dans leurs pays d’origine.

Abalo Agba (originaire du Togo), Alfred Kamara (originaire du Liberia) et Fatou Traore (originaire de Côte d’Ivoire) vivaient tous aux États-Unis depuis plus de 20 ans au moment de leur expulsion, et ont tous des enfants de moins de 18 ans qui y vivent toujours. Les juges américains chargés des questions d'immigration leur ont tous accordé la protection contre le renvoi dans leurs pays d’origine en raison des risques de graves violations des droits humains auxquels ils sont exposés une fois là-bas. Pourtant, les autorités de Sierra Leone les menacent d'un rapatriement immédiat et ne leur permettent pas de demander l'asile ni d'autres formes de protection dans le pays.

Amnesty International croit savoir que c'est également le cas d'autres personnes expulsées des États-Unis vers la Sierra Leone à bord du même vol. Elle a reçu des informations faisant état d'actes d'intimidation visant à contraindre des gens à accepter de retourner dans leurs pays d'origine. Les personnes concernées ne sont pas autorisées à quitter l’endroit où elles sont retenues sans être accompagnées, ni à recevoir la visite d'un avocat indépendant ou d'autres observateurs indépendants.

Renvoyer une personne dans un pays où elle risque d’être victime de graves violations des droits humains est une violation du principe de non-refoulemnet inscrit dans le droit international. Ce principe impose aux États d'évaluer les risques auxquels chaque personne pourrait être exposée en cas de retour et de suspendre tout renvoi jusqu'à ce qu'une décision définitive statue sur ces risques dans le cadre d'une procédure judiciaire.

Je vous prie de veiller à ce qu’Abalo Agba, Alfred Kamara, Fatou Traore et toute autre personne expulsée des États-Unis vers la Sierra Leone à bord du vol affrété le 12 octobre soient protégés contre tout renvoi illégal, puissent déposer une demande d’asile efficace et consulter un avocat indépendant, et puissent bénéficier pleinement du droit de circuler librement.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

Écrire à:

M. Mohamed Rahman Swaray

Ministry of Foreign Affairs and International Trade

Cooperation of the Republic of Sierra Leone

Tower Hill, Freetown, Sierra Leone 

Courriel : info@mfaic.gov.sl

X : @SwarayRahman