• République démocratique du Congo

TROIS HOMMES ONT ÉTÉ ENLEVÉS PAR LE GROUPE ARMÉ M23

CONTEXTE

Aloys Bigirumwami, Bahati Nshangalume et Patient Basimike Bukombe Barhuze sont trois hommes congolais de l’est de la République démocratique du Congo, qui ont été soumis à une disparition forcée par des combattants du groupe armé du Mouvement du 23 mars (M23), dans le contexte du conflit armé en cours. Aloys Bigirumwami a été vu pour la dernière fois le 13 mai 2025, Bahati Nshangalume le 26 octobre 2025, et Patient Basimike Bukombe Barhuze le 17 décembre 2025. On ignore toujours pourquoi ils ont été enlevés et où ils se trouvent. Amnesty International demande aux autorités du M23 de révéler sans délai quel sort a été réservé à ces trois hommes, où ils se trouvent, et, s’ils sont en détention sous leur garde, de veiller à ce qu’ils soient libérés immédiatement et sans condition.

PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-DESSOUS

Des combattants du Mouvement du 23 mars, soutenu par le Rwanda, ont tué, torturé et fait disparaître des civil·e·s dans le contexte du conflit armé. Amnesty International a recensé des cas de détenus pris en otage et soumis à des conditions inhumaines dans des lieux de détention à Goma et Bukavu. Des personnes ont décrit avoir été détenues dans des cellules surpeuplées et insalubres, et avoir manqué de nourriture, d’eau, d’installations sanitaires et de soins de santé. La plupart n’ont pas été autorisées à communiquer avec leur famille ni leur avocat. Il est par ailleurs fréquent que le M23 demande aux familles de verser d’importantes rançons pour obtenir la libération de leurs proches. Les montants réclamés vont de moins de 100 dollars des États-Unis à plus de 2 000.

Amnesty International a connaissance de plusieurs lieux de détention du M23 à Goma (capitale de la province du Nord-Kivu) et à Bukavu (la plus grande ville du Sud-Kivu), notamment le bureau de l’ancien service du renseignement à Bukavu. Un homme précédemment détenu sur place a déclaré avoir été fouetté chaque matin par des combattants du M23. D’anciens détenus ont également indiqué que des combattants du M23 ont refusé de laisser leurs familles leur rendre visite et ont déclaré à celles-ci que les détenus ne se trouvaient pas sur place, ce qui est équivalent à une disparition forcée. Amnesty International a recueilli les propos de 18 anciens détenus qui ont dit avoir été torturés et avoir vu des combattants du M23 torturer d’autres détenus. RDC. Le M23 tue, torture et retient des civils en otage dans des lieux de détention – Nouvelle enquête

Le droit international humanitaire interdit aux parties au conflit, y compris aux groupes armés organisés, tels que le M23, de détenir arbitrairement des civils. Le meurtre, les traitements cruels et la torture, ainsi que les atteintes à la dignité de la personne, en particulier les traitements humiliants et dégradants, à l’encontre des détenus, de même que les disparitions forcées dans le contexte d’un conflit armé, sont également prohibés par le droit international humanitaire et peuvent constituer des crimes de guerre. En outre, le M23 détient des civils afin de les obliger, eux-mêmes ou leur famille, à payer une rançon pour leur libération, ce qui peut être assimilé au crime de guerre que constitue la prise d’otages

Crédit photo : Privé

LETTRE À ENVOYER

Monsieur,

Je vous écris afin d’exprimer la grave inquiétude que m’inspire la disparition forcée d’Aloys Bigirumwami, Bahati Nshangalume et Patient Basimike Bukombe Barhuze dans le contexte du conflit armé actuel en République démocratique du Congo.

Le 13 mai 2025, des combattants du groupe armé du Mouvement du 23 mars (M23) ont effectué un raid à Goma, la capitale du Nord-Kivu, arrêtant des centaines d’hommes, de femmes, de garçons et de filles. Julien Katembo, le maire nommé par le M23, a reconnu Aloys Bigirumwami, un défenseur des droits humains, et membre du mouvement de jeunes Lutte pour le changement (LUCHA) dans la foule. Julien Katembo a dit à Aloys Bigirumwami de remettre les armes qu’il avait laissées à Kiwanja, une ville du territoire de Rutshuru, mais n’a fourni aucun élément prouvant qu’Aloys Bigirumwami ait jamais eu des armes en sa possession. Aloys Bigirumwami a été emmené dans une voiture du M23. Personne ne l’a ensuite revu. Le 26 octobre 2025, Bahati Nshangalume, un homme d’affaires travaillant dans le secteur minier, s’est rendu dans le camp militaire du M23 à Luhwindja, afin de discuter d’une transaction minière avec un commandant du groupe armé. On est sans nouvelle de Bahati Nshangalume depuis lors. Des membres de sa famille ont rencontré des responsables du M23 et leur ont demandé où il se trouvait, mais n’ont reçu aucune information. Le 17 décembre 2025, des hommes en uniforme militaire semblant, selon des témoins, être des combattants du M23 ont enlevé Patient Basimike Bukombe Barhuze, employé de l’Institut supérieur des techniques médicales, alors qu’il se trouvait dans une école primaire à Munya, près de Nyangezi dans le Sud-Kivu, où il travaillait à cette époque. Personne ne l’a ensuite revu.

La pratique de la disparition forcée dans le cadre d’un conflit est contraire aux règles et principes du droit international humanitaire, conformément aux Conventions de Genève de 1949 et à leurs Protocoles additionnels, notamment concernant la protection des civil·e·s. Les disparitions forcées de civil·e·s et les menaces contre les défenseur·e·s des droits humains dans le contexte d’un conflit armé, comme dans le cas d’Aloys Bigirumwami, peuvent constituer des crimes de guerre.

Je vous demande de révéler immédiatement quel sort qui a été réservé à Aloys Bigirumwami, Bahati Nshangalume et Patient Basimike Bukombe Barhuze, ainsi que le lieu où ils se trouvent. S’ils sont en détention sous la garde du M23, ils doivent être libérés immédiatement et sans condition. Je vous exhorte à garantir qu’aucun autre civil ne soit incarcéré, qu’aucun détenu ne soit soumis à la torture ni à d’autres mauvais traitements dans les centres de détention du M23, et qu’ils bénéficient d’un hébergement adéquat, de nourriture, d’eau propre, de soins, ainsi que d’un accès sans entrave à des avocats et à leurs proches.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma haute considération.

APPELS À 

Corneille Nangaa 

Coordinateur politique de l’Alliance fleuve Congo / M23

Courriel : revolutionconstitutionnelle@gmail.com

X : @CNangaa