Non à l'extradition du fondateur d'une ONG!
CONTEXTE
Le 16 mars 2026, Tommy Olsen, défenseur norvégien des droits humains et fondateur de l’ONG Aegean Boat Report, a été arrêté chez lui à Tromsø et placé en détention à la suite d’un mandat d’arrêt européen émis par les autorités grecques. Ce mandat fait suite à une enquête ouverte en 2022 en Grèce sur son travail auprès des personnes réfugiées et migrantes. Il a été libéré le 20 mars, mais risque toujours d’être extradé en Grèce, où il pourrait être placé en détention provisoire pendant une durée pouvant aller jusqu’à 18 mois sur la base d’accusations qui ne reposent sur aucun élément et découlent d’une utilisation abusive de la législation anti-passeurs par les autorités grecques. Amnesty International appelle les autorités norvégiennes à ne pas l’extrader, à respecter le droit international relatif aux droits humains et à protéger le travail en faveur de ces droits.
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Tommy Olsen, défenseur norvégien des droits humains âgé de 53 ans, a fondé Aegean Boat Report (ABR) en 2017 après avoir porté bénévolement assistance aux personnes réfugiées et migrantes à Lesbos. Aux côtés d’un autre défenseur des droits humains, Panayote Dimitras, membre de l’ONG Greek Helsinki Monitor (GHM), il fait l’objet de poursuites depuis 2022 pour aide à l’entrée et au séjour irréguliers de personnes (une infraction assimilée au trafic d’êtres humains) et appartenance à une organisation criminelle. D’après les informations dont dispose Amnesty International, les accusations portées contre ces deux hommes ne reposent sur aucun élément, constituent une utilisation abusive de la législation anti-passeurs et visent leur travail légitime en faveur des droits humains, notamment le soutien aux personnes migrantes et réfugiées et la dénonciation des violations des droits humains commises à leur encontre par les autorités grecques.
Depuis la création d’ABR, Tommy Olsen observe les arrivées de personnes réfugiées et migrantes sur les îles grecques par la mer Égée, recueille et diffuse des informations sur les situations de détresse et les renvois forcés illégaux aux frontières maritimes et terrestres par les autorités grecques et fournit des informations cruciales à des organisations humanitaires, des fournisseurs de services et des médias internationaux, pour s’assurer que les personnes en détresse reçoivent de l’aide et que les violations des droits humains soient détectées et consignées. Son coaccusé, Panayote Dimitras, a déposé avec son ONG Greek Helsinki Monitor plusieurs plaintes concernant des allégations de renvois forcés illégaux auprès des autorités grecques.
Le 11 février 2026, Tommy Olsen a été informé par les autorités norvégiennes qu’un mandat d’arrêt européen avait été émis contre lui à la suite d’une enquête ouverte en 2022 en Grèce. Il a été arrêté à son domicile, dans la ville de Tromsø, le 16 mars. Un tribunal norvégien a ensuite autorisé son extradition vers la Grèce, décision dont il a fait appel, et il a été placé en détention provisoire. Il a finalement été libéré le 20 mars dans l’attente de son audience en appel, mais il risque toujours d’être extradé. S’il l’était, il pourrait être détenu provisoirement pendant une durée pouvant aller jusqu’à 18 mois. Panayote Dimitras, qui est grec et vit en Grèce, a été soumis à des restrictions dans l’attente de son procès, notamment à une interdiction de quitter le pays, qui a une incidence sur son travail de défense des droits humains, ainsi qu’à une obligation de se présenter régulièrement aux autorités.
L’arrestation et l’extradition envisagée de Tommy Olsen et les poursuites pénales engagées contre lui et Panayote Dimitras s’inscrivent dans un climat d’hostilité croissante à l’égard de la société civile en Grèce. Depuis 2018, les autorités grecques utilisent à mauvais escient les lois visant à lutter contre le trafic d’êtres humains et contre l’aide à l’entrée et au séjour irréguliers pour criminaliser le travail humanitaire et la solidarité. Plusieurs personnes font l’objet d’enquêtes et de poursuites pénales, tandis qu’un nombre incalculable de personnes migrantes et réfugiées subissent des violations des droits humains dans le pays et à ses frontières.
D’autres exemples, tels que le cas de Seán Binder et d’autres personnes liées à l’ONG ERCI, illustrent comment les lois anti-passeurs sont utilisées abusivement pour cibler le travail humanitaire. Les personnes poursuivies dans cette affaire ont fini par être acquittées en janvier 2026, mais la procédure à leur encontre a duré plus de sept ans, ce qui a eu de lourdes conséquences personnelles et professionnelles pour elles, ainsi qu’un effet paralysant sur la société civile.
Amnesty International a expliqué très clairement que la législation anti-passeurs de la Grèce n’est pas conforme aux normes internationales et ne protège pas suffisamment les défenseur·e·s des droits humains des poursuites pénales. De nouvelles règles adoptées par la Grèce en début d’année, qui font de l’appartenance à une ONG immatriculée portant assistance aux personnes migrantes une circonstance aggravante dans les affaires de trafic d’êtres humains, établit un lien dangereux et injustifié entre le travail légitime de défense des droits humains et les activités criminelles. Il est impératif que la Norvège et les autres pays européens ne se rendent pas complices des tentatives visant à criminaliser les personnes qui se montrent solidaires avec les réfugié·e·s et les migrant·e·s et qui dénoncent les violations de leurs droits.
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Crédit photo : Amnesty Norvège
LETTRE À ENVOYER
Madame la Ministre,
Je vous écris pour vous faire part de ma profonde préoccupation au sujet de l’arrestation et de l’extradition envisagée vers la Grèce de Tommy Olsen, défenseur norvégien des droits humains et fondateur de l’ONG Aegean Boat Report. Pendant plusieurs années, cet homme a porté assistance à des personnes réfugiées et migrantes arrivant en Grèce, recueilli des informations sur des cas d’embarcations en détresse et dénoncé les graves violations des droits humains subies par ces personnes, notamment les renvois forcés illégaux aux frontières maritimes et terrestres. Son travail est légitime, humanitaire et essentiel pour amener les autorités à rendre des comptes.
Le 11 février 2026, Tommy a été informé par les autorités norvégiennes qu’un mandat d’arrêt européen avait été émis contre lui à la suite d’une enquête ouverte en 2022 en Grèce, pour appartenance à une organisation criminelle. Ces accusations ne reposent sur aucun élément et constituent une utilisation à mauvais escient de la législation relative à la lutte contre le trafic d’être humains. Bien qu’il ait été libéré dans l’attente de son audience en appel, il risque toujours d’être extradé en Grèce, où il pourrait être placé en détention provisoire pendant une durée pouvant aller jusqu’à 18 mois.
L’escalade des mesures prises à son encontre adresse un signal inquiétant quant au traitement réservé aux personnes menant des activités de défense des droits humains et des actions humanitaires qui sont essentielles. Elle s’inscrit dans un contexte où la Grèce intensifie sa répression de la société civile en visant explicitement les ONG.
Les ONG et les travailleurs et travailleuses humanitaires doivent être protégés, et non faire l’objet de poursuites au moyen d’une utilisation abusive des lois anti-passeurs. La Norvège ne doit pas être complice de celle-ci. Je vous appelle à ne pas extrader Tommy Olsen en Grèce, afin d’éviter qu’il ne soit poursuivi pour son travail en faveur des droits humains et pour avoir aidé des personnes en difficulté. Respecter les obligations internationales de la Norvège dans ce cas est indispensable pour protéger les libertés de la société civile et pour contrer les tentatives de déstabilisation des personnes qui dénoncent les violations des droits humains.
Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma très haute considération.
APPELS À
Ministère de la Justice
Madame Astri Aas-Hansen
Ministre de la Justice
Postboks 8005
0030 Oslo
Norvège
Fax : +47 22 24 60 40
Courriel : justisministerens_kontor@jd.dep.no / postmottak@jd.dep.no