UN JOURNALISTE DEMANDE UNE PROTECTION EFFECTIVE
CONTEXTE
Le journaliste Alberto Amaro a reçu à plusieurs reprises des menaces de mort le visant ainsi que sa famille, le plus récemment en septembre 2026. Depuis 2019, il a été agressé, menacé et arrêté par des policiers, et soumis à des actes d’intimidation par des membres de groupes criminels organisés. S’il est sous la protection de l’État mexicain, les mesures adoptées sont inadéquates et même celles qui concernent sa famille sont susceptibles d’être levées à tout moment. Plusieurs journalistes ont été attaqués, voire tués alors qu’ils se trouvaient sous la protection de l'État, démontrant que les interventions du mécanisme sont insuffisantes, mal mises en œuvre ou contrôlées de manière incorrecte. Nous demandons aux autorités de garantir la sécurité d’Alberto Amaro par le biais de mesures adaptées et efficaces.
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Suivant les traces de son père et de son grand-père, qui étaient tous deux journalistes, Alberto Amaro a fondé le média numérique La Prensa de Tlaxcala en 2018. Au bout de quelques mois, il a commencé à recevoir des menaces liées à ses enquêtes sur la politique locale, la criminalité et la corruption.
L’État de Tlaxcala, le plus petit du Mexique, est une plaque tournante majeure de la traite des êtres humains. Cette région abrite de puissants réseaux criminels dirigés par des dynasties familiales qui se livrent au trafic de filles et de jeunes femmes à travers le Mexique et les États-Unis, entre autres activités illicites.
De temps en temps, le Conseil directeur du Mécanisme de protection des défenseur·e·s des droits humains et des journalistes - constitué des autorités responsables de l’application des plans de protection visant à protéger la vie et l’intégrité physique des défenseur·e·s et des journalistes - se réunit pour évaluer ou réviser les plans de sécurité. En mai 2026, le Conseil directeur s’est réuni afin de passer en revue le cas d’Alberto Amaro, et a décidé de lever les mesures de protection concernant sa famille, au motif que ni lui ni ses proches ne se trouvent actuellement face à un danger élevé. Alberto Amaro pense cependant que limiter ces mesures risque d’accroître le risque. Alberto Amaro a dit avoir été agressé, menacé et arrêté par des policiers, mais aussi soumis à des actes d’intimidation par des membres de groupes criminels organisés, depuis 2019. Des personnes l’ont photographié, ainsi que sa femme et ses enfants, ont piraté son site Internet et ont sali sa réputation dans des publications sur Facebook, en l’accusant d’être un criminel. Alors qu’il conduisait, des agresseurs ont tenté de lui bloquer le passage et de le forcer à quitter la route, et un homme armé à moto lui a tiré dessus à plusieurs reprises. Des intrus ont tenté de s’introduire chez lui, ont ouvert le feu sur sa propriété, et ont tué l’un de ses chiens en l’empoisonnant. Le rapport d'Amnesty International et du Comité pour la protection des journalistes, intitulé « Nobody Guarantees My Safety », recense les graves failles et lacunes structurelles du mécanisme fédéral de protection pour les journalistes au Mexique. Ce rapport a souligné que plusieurs journalistes ont été attaqués, voire tués alors qu’ils se trouvaient sous la protection de l'État, démontrant que les mesures existantes sont souvent insuffisantes, mal appliquées ou contrôlées de manière incorrecte. Dans ce contexte, les préoccupations d’Alberto Amaro Jordán sur les défaillances du programme censé le protéger doivent être prises au sérieux de toute urgence par les autorités fédérales et de l’État.
Les persécutions visant systématiquement Alberto Amaro ont été recensées, notamment dans le cadre d’une précédente campagne d’Actions urgentes lancée en 2024, et close plus tard la même année. Les risques extrêmes qu’il a endurés l’ont au bout du compte forcé à se réfugier en Espagne de septembre 2024 à septembre 2025, dans le cadre du programme de protection d’Amnesty International pour les défenseur·e·s des droits humains.
Des rapports publiés par Article 19 Mexique et Amérique centrale, une organisation spécialisée dans la liberté d’expression et la protection des journalistes, font état de schémas de violence, de surveillance, de harcèlement et d’intimidation contre des membres de la presse, ainsi que du manquement des autorités à leur devoir de fournir une protection efficace. Ces conclusions renforcent les inquiétudes au sujet des faiblesses du Mécanisme de protection fédérale au Mexique.
Depuis le début du 21e siècle, le Mexique est l’un des pays les plus meurtriers pour les journalistes. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a enregistré 88 homicides de journalistes et de personnes travaillant dans le secteur des médias au Mexique entre 2012 et 2024, et a confirmé que 37 d’entre eux ont été tués en relation avec leur travail. Les États les plus dangereux au cours de cette période ont été ceux de Veracruz (21 homicides), de Guerrero (10), d'Oaxaca (neuf) et de Sonora (sept). Le CPJ fait une distinction entre les meurtres dont il a été confirmé qu’ils étaient directement liés au travail de la victime et les homicides dont le motif n’est pas encore clair. Selon Article 19, six journalistes ont déjà été tués cette année.
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Crédit photo : Privé via Amnesty International
LETTRE À ENVOYER
Madame,
Je vous écris afin de vous faire part de mes vives craintes concernant la sécurité du journaliste Alberto Amaro Jordán, rédacteur en chef du média mexicain La Prensa de Tlaxcala. Le 4 mai 2026, Alberto Amaro a reçu des menaces de mort en réaction à son travail journalistique et le 30 septembre, des employés du ministère de l’Intérieur l’ont soumis à des mesures de surveillance, à la fois pendant et après son interview d’un groupe de paysans dans un lieu public. Comme vous le savez sans doute, ce n’est pas la première fois qu’il a été menacé. Amnesty International recense depuis 2019 les attaques dont il a été victime et qui l’ont forcé à quitter le Mexique avec sa famille et à chercher refuge dans un autre pays pendant un an.
S’il est rassurant de savoir qu’Alberto Amaro reçoit actuellement la protection du Mécanisme de protection des défenseur·e·s des droits humains et des journalistes, je crains que ces mesures ne présentent de graves lacunes. Par ailleurs, ces derniers mois, le Conseil d’administration s’est réuni afin de passer en revue le cas d’Alberto Amaro, et a décidé de lever les mesures protectives concernant sa famille, au motif que ni lui, ni ses proches ne sont actuellement en grand danger. Alberto Amaro estime cependant que la restriction de ces mesures exacerbe les risques auxquels ils sont exposés. La famille d’Alberto Amaro bénéficie actuellement de mesures de protection, et il a déjà formé un recours contre la décision du Conseil. Ces mesures de protection pourraient cependant être levées à tout moment. Plusieurs journalistes ont été agressés et même tués alors qu’ils se trouvaient sous la protection de l’État. Dans ce contexte, les préoccupations d’Alberto Amaro Jordán sur les défaillances du programme censé le protéger doivent être prises au sérieux de toute urgence par les autorités fédérales et de l’État.
À la lumière de ce qui précède, je demandé au mécanisme de veiller à ce que les mesures de protection en vigueur pour Alberto Amaro soit adéquates et mises en place dans le but de le protéger contre les menaces qu’il continue à recevoir, et de garantir que sa famille continue à bénéficier d’une protection le temps qu’une décision définitive soit prise.
Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de ma haute considération.
Écrire à:
Tobyanne Ledesma Rivera
Responsable du mécanisme pour la Protection des défenseur·e·s des droits humains
Abraham González 48, Juárez,
Cuauhtémoc, 06600 Ciudad de México, CDMX, Mexique
Tél : +52 1 55 5209 8800 ext. 33368
Courriel : tobyanne.mecanismo@gmail.com
X : @SEGOB_mx / Mecanismo_MX