Protégeons les civils maliens : exigeons la fin des violations et la fin de l'impunité.
Des membres des forces armées maliennes agissant avec des membres du groupe Wagner ont commis des crimes de guerre, notamment des meurtres et des actes de torture à l’encontre de civil·e·s lors d’opérations conjointes menées entre 2023 et 2025, a déclaré Amnesty International dans un nouveau rapport.
Intitulé « Nul n’est épargné » : crimes de guerre commis par l’armée malienne et les forces alliées étrangères le long de la frontière mauritanienne, ce rapport documente les meurtres d’au moins 34 civil·e·s dans sept localités du Mali entre juin 2023 et décembre 2025 commis par les Forces armées maliennes (FAMa) et le Groupe Wagner (société militaire privée russe active au Mali entre fin 2021 et juin 2025).
Les violations documentées dans ce rapport ne doivent ni être ignorées ni tomber dans l'oubli.
Les recommandations d'Amnistie internationale permettra aux autorités maliennes de respecter leurs obligations internationales et régionales en matière de droits humains afin de garantir une meilleure protection des populations civiles lors des opérations militaires.
La protection des populations civiles constitue une responsabilité fondamentale et demeure une condition essentielle pour la stabilité, la confiance des populations et la construction d'une paix durable.
Écrivez au chef de l’Etat, Président de la transition pour une meilleure protection des populations civiles lors des opérations militaires au Mali : les victimes doivent être entendues.
Le Mali est confronté depuis 2012 à un conflit armé non-international marqué par des affrontements entre les forces étatiques et leurs alliés étrangers et des groupes armés indépendantistes et islamistes. Malgré les différentes initiatives de paix et de réconciliation, la situation sécuritaire s'est considérablement détériorée ces dernières années, notamment après la rupture de l'Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d'Alger signé en 2015 avec les groupes indépendantistes et le départ de plusieurs partenaires internationaux.
En août 2023, les hostilités ont en effet repris entre les autorités maliennes et les groupes armés signataires de l'Accord, dans un contexte marqué par le retrait de la MINUSMA, le départ de l'opération militaire française Barkhane, et le renforcement de la coopération militaire entre le Mali et la société militaire privée Wagner.
Face à l’activité des groupes armés indépendantistes mais aussi du Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaida, les forces armées maliennes (FAMa) ont intensifié leurs opérations militaires, menées de manière conjointe avec des éléments de la société militaire privée Wagner, associée au Mali depuis fin 2021.
Les populations civiles continuent de payer le prix le plus lourd du conflit, à travers les attaques armées, les déplacements forcés, les restrictions d'accès aux services essentiels. Des centaines de milliers de personnes demeurent déplacées à l'intérieur du pays ou dans les pays voisins, tandis que l'accès humanitaire reste fortement limité dans plusieurs zones affectées par les combats.
Les groupes armés sont responsables de graves violations du droit international humanitaire et d’abus des droits humains via des attaques meurtrières contre les civil·e·s, l'imposition de blocus sur certaines localités et la perturbation de l'accès à l'éducation, à la santé et aux moyens de subsistance. Au cours des dernières années, Amnesty International a mis en lumière via plusieurs publications ces graves violations du droit international.
Malgré les témoignages entendus sur l’existence de graves crimes commis contre les civil.e.s. s par les forces gouvernementales et leurs alliés étrangers, les autorités maliennes ont toujours réfuté commettre des violations du droit international humanitaire. L’information sur ces violations sous-documentées est rendu complexe par la difficulté de se rendre dans les zones de conflit du fait de l’insécurité, l’hostilité des autorités vis-à-vis des ONG indépendantes et la répression systématique contre tous médias ou membres de la société civile dévoilant des information objectives sur la conduite des opérations militaires.
Les crimes commis contre les populations civiles dans le cadre de ce conflit le sont en toute impunité en dans le silence de la communauté internationale, y compris de l’Union africaine.
Le rapport « Nul n’est épargné. » crimes de guerre commis par l’armée malienne et les forces alliées étrangères, le long de la frontière mauritanienne (index : AFR 37/1347/2026) lancé le 29 septembre 2026 documente plusieurs crimes de guerre et du droit international humanitaire perpétrés par les forces armées maliennes (FAMa), et leurs alliés de Wagner lors d’opérations militaires conjointes dans les régions de Tombouctou, Mopti et Ségou.
N’ayant pu se rendre dans les régions du centre du Mali en raison des restrictions d’accès et de
l’insécurité, Amnesty International a ainsi mené deux missions de recherche dans le Hodh ech-Chargui en Mauritanie. À Bassikounou, Fassala, Douenkara, Kindjerla, Aghor, Hassi Touil, Tinouaghitine, Ehel Mahal Allouch, Barotoma, Kleiveu et au camp de réfugiés de Mberra, les délégué-e-s d’Amnesty International ont interviewé 119 réfugié-e-s (39 femmes et 80 hommes) issu·e·s des régions maliennes de Ségou, Tombouctou et Mopti.
Amnesty International a également mené 15 autres entretiens sur la question de la violence le long de cette frontière avec des responsables politiques, d’organisations de défense des droits humains et d’organisations humanitaires, des leaders communautaires et des journalistes basés en Mauritanie et au Mali.
En plus de ces sources directes, le rapport s’appuie sur un large éventail de sources secondaires pour vérifier et corroborer les faits et témoignages et examiner le cadre juridique. Amnesty International a ainsi analysé les lois et textes du Mali, des photos et autres publications sur les réseaux sociaux portant sur certains incidents, des photos détenues par certaines victimes, des documents produits par les organisations humanitaires et les centres de recherche sur le conflit et ses conséquences, les communiqués de presse et dépêches de l’armée malienne sur leurs opérations militaires, des documents également produits par les groupes armés impliqués dans ce conflit, des rapports d’ONGs et articles de presse.