DES DÉFENSEUR·E·S DES DROITS HUMAINS ET D’AUTRES PERSONNES DÉTENUES EXPOSÉES AUX FRAPPES DES ÉTATS-UNIS ET D’ISRAËL
Les bombardements réalisés par les États-Unis et Israël à proximité de prisons, ainsi que ceux visant des locaux des services de sécurité où des personnes sont détenues, mettent en danger les prisonniers et prisonnières, parmi lesquels figurent des mineur·e·s, des défenseur·e·s des droits humains, des avocat·e·s, des étudiant·e·s, et des membres des minorités religieuses et ethniques. Plusieurs des personnes emprisonnées ont été détenues lors des manifestations de décembre 2025 et janvier 2026.
Le refus des autorités iraniennes de libérer toutes les personnes détenues arbitrairement et d’accorder aux autres une libération pour raisons humanitaires les expose sciemment au risque d’être tuées ou gravement blessées. Certaines personnes détenues ont été transférées dans des lieux indéterminés ou des zones proches d’objectifs militaires potentiels, ce qui accentue les craintes pour leur sécurité. Par ailleurs, les autorités soumettent des prisonniers et prisonnières à une disparition forcée et les privent d’accès à de l’eau et de la nourriture en quantité suffisante.
QUE POUVEZ-VOUS FAIRE ?
Signez notre pétition pour exiger :
la libération immédiate des personnes détenues arbitrairement, y compris celles emprisonnées pour de simples dettes, les personnes en détention provisoire, celles condamnées pour des infractions mineures et celles éligibles à une libération conditionnelle.
aux autorités iraniennes d’informer les familles du sort et du lieu de détention de leurs proches.
des conditions de vie adéquates et la transparence, notamment l'accès à une nourriture suffisante, à l'eau et aux soins médicaux, ainsi que le rétablissement immédiat d'un accès complet à Internet.
la protection du droit à la vie et à la santé de tous et de toutes les personnes détenues en mettant fin à la torture et aux mauvais traitements dans les lieux de détention.
que l'Iran respecte ses obligations au regard du droit international humanitaire, en procédant, dans toute la mesure du possible, à l'éloignement des prisonniers et des civils des zones à proximité des objectifs militaires.
que les observateur·rices internationaux·ales puissent accéder aux lieux de détention.
PÉTITION : LES PERSONNES DÉTENUES EN IRAN EXPOSÉES AUX FRAPPES DES ÉTATS-UNIS ET D’ISRAËL
À : Gholamhossein Mohseni Ejei, Responsable du pouvoir judiciaire
c/o Ambassade d’Iran auprès des Nations unies à Genève
Chemin du Petit-Saconnex 28, 1209 Genève, Suisse
Monsieur le Responsable du pouvoir judiciaire,
Face aux bombardements réalisés par les États-Unis et Israël à proximité de prisons et à ceux visant des locaux des services de sécurité où des personnes sont souvent détenues, les autorités iraniennes ont libéré certaines personnes selon les informations recueillies par des défenseur·e·s des droits humains. Cependant, elles refusent de libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, notamment pour des motifs politiques, et de libérer les autres temporairement pour raison humanitaires, si bien qu’elles les expose sciemment au risque d’être tuées ou gravement blessées. Des mineur·e·s figurent parmi les personnes détenues en danger.
Des proches de prisonniers et prisonnières et des défenseur·e·s des droits humains ont indiqué à Amnesty International que, depuis que les attaques ont commencé et que les autorités ont coupé Internet le 28 février, des explosions ont eu lieu près de la prison d’Evin et de la prison centrale du Grand Téhéran (province de Téhéran), de la prison de Zandjan (province de Zandjan) et de la prison de Mahabad (province de l’Azerbaïdjan occidental), et des frappes ont visé des locaux des services de sécurité où sont détenues des personnes, notamment des sites du ministère du Renseignement et des postes de police à Téhéran, à Mahabad et Orumiyeh (province de l’Azerbaïdjan occidental), à Sanandaj (province du Kurdistan) et à Kermanchah (province de Kermanchah).
J’ai également appris avec grande inquiétude que les autorités iraniennes privent des prisonniers et prisonnières d’accès à de la nourriture et de l’eau en quantité suffisante, et qu’elles soumettent certaines personnes à une disparition forcée, des actes de torture et d’autres mauvais traitements, notamment pour les punir d’avoir protesté. Le 3 mars 2026, selon le Réseau des droits humains du Kurdistan (KHRN), les forces de sécurité ont utilisé du gaz lacrymogène contre des prisonniers et prisonnières qui avaient organisé des manifestations dans la prison de Mahabad pour demander à être libérés après avoir entendu des explosions. Une source bien informée a déclaré à Amnesty International que les détenu·e·s de la section 209 de la prison d’Evin, où sont incarcérés des militant·e·s, des dissident·e·s et d’autres personnes arrêtées par le ministère du Renseignement, ont été déplacés dans des lieux indéterminés. Les autorités ne donnent aux familles aucune information ou que des informations contradictoires sur l’endroit où ils se trouvent. L’inquiétude des familles pour la sécurité de leurs proches détenus s’est ravivée après qu’elles ont reçu des informations selon lesquelles ils pourraient avoir été transférés au complexe de Shahrak Mahallati, une banlieue de Téhéran où résident des hauts gradés et du personnel de l’armée. Des proches de personnes détenues et des défenseur·e·s des droits humains ont par ailleurs fait état de pénuries de nourriture, d’eau et de produits d’hygiène, notamment à la prison d’Evin, à la prison de Shahr-e Rey et à la prison centrale du Grand Téhéran.
Je vous appelle à libérer immédiatement toutes les personnes détenues arbitrairement, notamment pour des dettes financières, et à accorder une libération pour raisons humanitaires aux autres prisonniers et prisonnières, notamment ceux en attente de jugement, condamnés pour des infractions mineures et non violentes ou éligibles pour une libération conditionnelle, ainsi qu’à communiquer sur le sort et le lieu de détention de tous les prisonniers et prisonnières avec leurs familles. Je vous demande également de respecter l’obligation qui incombe à l’Iran, selon le droit international humanitaire, d’éloigner dans la mesure du possible toutes les personnes détenues et les autres civil·e·s des objectifs militaires. En outre, je vous prie instamment de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger le droit à la vie et à la santé de tous les prisonniers et prisonnières, de mettre fin à la torture et aux autres mauvais traitements, de garantir leur accès à la nourriture, à l’eau et aux soins médicaux, et de les traiter avec humanité, conformément aux normes internationales. Par ailleurs, l’accès complet à Internet doit être rétabli immédiatement. Enfin, je vous engage à permettre l’entrée d'observateurs et observatrices internationaux en Iran.
Veuillez agréer, Monsieur le Responsable du pouvoir judiciaire, l’expression de ma haute considération.
Parmi les prisonniers et prisonnières en danger figurent les milliers de personnes, dont des mineur·e·s, récemment arrêtées à la suite des manifestations qui se sont déroulées dans tout le pays entre décembre 2025 et janvier 2026. C’est le cas de nombreux manifestant·e·s, ainsi que de défenseur·e·s des droits humains, d’avocat·e·s, de professionnel·le·s de santé, d’étudiant·e·s et de membres de minorités ethniques et religieuses. Des personnes purgeant de longues peines d’emprisonnement, des personnes condamnées à mort et de nombreuses autres personnes détenues à travers le pays sont aussi en danger dans le contexte de la guerre.
Début mars 2026, selon des sources bien informées, des représentants des autorités ont déclaré à des personnes détenues pour raisons politiques, notamment dans les prisons d’Evin et d’Orumiyeh, qu’elles ne seraient pas libérées tandis que d’autres, telles que celles détenues pour des infractions de droit commun, seraient éligibles à une libération temporaire. La coupure d’Internet imposée depuis le 28 février 2026 restreint fortement l’accès aux informations concernant les prisons, et les sites de détention proches d’endroits où des explosions ont eu lieu sont probablement plus nombreux que ne l’indiquent les sources officielles. Dans un courrier daté du 3 mars 2026, le défenseur des droits humains Reza Khandan, détenu arbitrairement à la prison d’Evin, s’adresse au responsable du pouvoir judiciaire pour lui faire part des graves inquiétudes concernant les prisonniers et prisonnières dans le contexte des bombardements en cours. Dans cette lettre, qui a été rendue publique, il cite les frappes aériennes qui ont touché la prison d’Evin le 23 juin 2025, que l’armée israélienne a menées délibérément et sur lesquelles Amnesty International a demandé une enquête pour crime de guerre. Il souligne qu’à ce moment-là, « malgré les nombreux courriers et alertes émanant de [lui]-même et de [ses] codétenus, la libération des prisonniers d’Evin a été empêchée et la catastrophe de la mort de dizaines de prisonniers, de membres du personnel, de membres des familles et d’autres personnes a eu lieu ». Reza Khandan écrit ensuite : « Cela fait maintenant quatre jours que les États-Unis et Israël attaquent l’Iran, et nos alertes et rappels restent sans effet à ce jour [...]. Des milliers de personnes détenues illégalement demeurent piégées dans des prisons sous la menace des bombardements jour et nuit, et de nombreux services essentiels pour les prisonniers ont été interrompus [...]. Si des mesures ne sont pas prises immédiatement pour libérer des prisonniers et que les événements horribles et criminels de la guerre des 12 jours se reproduisent, ou si des événements encore plus graves ont lieu, vous devrez en répondre devant la justice. » Toujours d’après une source bien informée, une seconde personne détenue à la prison d’Evin a déclaré à sa famille, lors d’un appel téléphonique passé le 3 mars 2026, que, lorsque des frappes avaient atteint plus tôt ce jour-là plusieurs bâtiments de la Radio-télévision de la République islamique d’Iran (IRIB), proche de la prison d’Evin, les bruits des explosions étaient si forts que les prisonniers et prisonnières avaient craint que la prison elle-même ait été touchée. Une autre source bien informée a révélé à Amnesty International que les cartes électroniques que les personnes détenues doivent recharger pour acheter à manger et à boire en prison ne fonctionnaient plus.
Les attaques directes visant des biens de caractère civil, comme les prisons, sont de graves violations du droit international humanitaire et peuvent constituer des crimes de guerre.
Après les frappes aériennes délibérées de l’armée israélienne qui ont détruit de larges sections de la prison d’Evin le 23 juin 2025, les autorités pénitentiaires iraniennes ont transféré plusieurs centaines de personnes détenues dans cette prison vers d’autres établissements pénitentiaires de la province de Téhéran où les conditions sont cruelles et inhumaines. Environ 70 prisonnières ont alors été transférées à la prison de Shahr-e Ray (également connue sous le nom de prison de Gharchark), à Varamin. Elles ont été placées dans deux petites pièces et un couloir, avec seulement deux toilettes et deux douches. Quelque 180 hommes détenus à la prison d’Evin ont été transférés à la prison centrale du Grand Téhéran, où ils se sont retrouvés entassés dans quatre pièces d’une capacité totale maximale de 80 places. Dans la prison centrale du Grand Téhéran, les conditions de détention sont abominables. Des détenu·e·s ont fait état d’une grave surpopulation, d’une privation de soins médicaux et du refus des autorités de séparer les prisonniers condamnés pour des infractions non violentes et ceux condamnés pour des infractions violentes. Pendant et après les manifestations qui ont débuté le 28 décembre 2025 et se sont étendues à tout le pays, les autorités ont arrêté et détenu arbitrairement des milliers de manifestant·e·s et de dissident·e·s. Depuis de nombreuses années, Amnesty International rassemble et publie régulièrement des informations faisant état de centaines de manifestant·e·s, de journalistes, d’artistes, d’avocat·e·s, d’écrivain·e·s, d’universitaires, d’étudiant·e·s, de personnes LGBTI, de membres de minorités ethniques ou religieuses et de défenseur·e·s des droits humains qui sont détenus arbitrairement, bien souvent uniquement pour avoir exercé leurs droits fondamentaux. Parmi les autres personnes victimes de détention arbitraire figurent celles qui ont été condamnées à l’issue de procès manifestement iniques. Amnesty International a en effet relevé des violations systématiques des règles de procédure, notamment la privation du droit à un·e avocat·e dès le moment de l’arrestation, le fait de considérer comme recevables à titre de preuve des « aveux » obtenus sous la torture et les procès sommaires. Pendant la « guerre des 12 jours » en 2025 et encore maintenant, des défenseur·e·s des droits humains et des prisonniers et prisonnières ont exhorté le responsable du pouvoir judiciaire à appliquer une résolution du Conseil judiciaire suprême autorisant la libération conditionnelle des détenu·e·s en cas d’urgence en temps de guerre.
Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une offensive contre l’Iran, dont le bilan au 5 mars s’élevait à 1 230 morts selon des médias liés au régime citant la Fondation des martyrs et des vétérans, et le 4 mars, un fonctionnaire du ministère de la Santé a déclaré qu’au moins 180 mineur·e·s avaient été tués depuis le début de cette offensive.