• Honduras

UNE COMMUNAUTÉ GARÍFUNA EN DANGER AUX CAYOS COCHINOS

CONTEXTE

Des défenseur·e·s garífunas des Cayos Cochinos sont en butte à une ordonnance d’expulsion pour avoir manifesté pacifiquement à partir du 14 septembre 2026 contre le tournage d’une émission de téléréalité sur leurs terres ancestrales sans leur consentement. Onze personnes font également l’objet de poursuites pénales pour usurpation. Le harcèlement judiciaire se poursuit malgré un arrêt rendu en 2025 par la Cour interaméricaine des droits de l’homme jugeant le Honduras responsable d’avoir violé les droits de la communauté garífuna des Cayos Cochinos. Nous appelons le parquet général à demander la levée de l’ordonnance d’expulsion, à mettre fin aux poursuites pénales et à veiller à ce que le Honduras se conforme à l’arrêt de la CIDH.

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En septembre 2026, l’Organisation fraternelle noire hondurienne (OFRANEH) a dénoncé publiquement le fait que la communauté garífuna des Cayos Cochinos ne pouvait pas accéder à son territoire dans cet archipel des Caraïbes en raison du tournage d’une émission de téléréalité et malgré un arrêt rendu en sa faveur par la Cour interaméricaine des droits de l'homme. Ce n’est pas la première fois que les droits de communautés garífunas sont lésés par des émissions de télévision tournées sur leurs terres ancestrales.

Dans son arrêt du 20 novembre 2025 concernant la communauté garífuna des Cayos Cochinos, la Cour interaméricaine des droits de l'homme a estimé que le Honduras avait mis en œuvre une série de mesures, notamment la création du monument naturel marin de l’archipel des Cayos Cochinos et les programmes de gestion correspondants, et qu’il avait autorisé des tournages télévisés sans avoir mené de processus de consultation préalable, libre et éclairée auprès de la communauté garífuna des Cayos Cochinos. La Cour a également relevé que cela avait porté atteinte à la capacité de la communauté à pratiquer et à préserver son mode de vie traditionnel et à maintenir son lien culturel et spirituel avec la mer et les ressources naturelles de la région, notamment avec la pêche artisanale qui constitue le moyen de subsistance de cette communauté. La Cour a ordonné plusieurs mesures visant à empêcher la répétition de tels agissements et à octroyer une réparation, notamment l’obligation de garantir la participation effective de la communauté garífuna des Cayos Cochinos aux différentes étapes du programme de gestion du monument naturel marin de l’archipel des Cayos Cochinos, ainsi que l’obligation de mener une consultation préalable, libre et éclairée en vue de la production éventuelle d’émissions de téléréalité. La Cour a également ordonné à l’État d’enquêter sur les plaintes déposées entre 2007 et 2024 concernant des actes de violence perpétrés contre de membres de la communauté.

L'OFRANEH a dénoncé à plusieurs reprises le non-respect par le Honduras d’arrêts rendus par la Cour interaméricaine des droits de l'homme en faveur de communautés garífunas (la communauté garífuna de Punta Piedra, la communauté garífuna de Triunfo de la Cruz, la communauté garífuna de San Juan et la communauté des Cayos Cochinos).

Le décret no 93-2021 a introduit dans le droit hondurien la pratique des expulsions préventives et sommaires sans contrôle judiciaire ni garanties d’une procédure régulière, en violation des obligations internationales relatives aux droits humains. En août 2026, des experts des procédures spéciales des Nations unies ont demandé aux autorités honduriennes de suspendre près d’un millier d’expulsions forcées dans le cadre de conflits fonciers.

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Crédit photo : Privé via Amnesty International

LETTRE À ENVOYER

Monsieur le Procureur général,

Je vous écris pour vous faire part de mes préoccupations concernant la situation de défenseur·e·s garífunas des droits humains de l’archipel des Cayos Cochinos qui font l’objet d’une ordonnance d’expulsion de leurs terres ancestrales et de poursuites pénales pour avoir pacifiquement défendu leurs droits. Le 16 septembre, plusieurs dizaines de policiers sont arrivés par bateau pour faire appliquer une ordonnance d’« expulsion préventive ». Les autorités ont indiqué que 11 personnes faisaient également l’objet de poursuites pour des faits d’usurpation.

Deux jours auparavant, une quarantaine de défenseur·e·s garífunas de l’Organisation fraternelle noire hondurienne (OFRANEH) avaient installé un campement sur la plage Playa uva pour protester contre le tournage d’une nouvelle saison d’une émission de téléréalité qui, en les empêchant d’accéder aux zones de pêche, restreint indûment leur utilisation de leurs propres terres et menace leurs pratiques ancestrales ainsi que leurs moyens de subsistance. Les défenseur·e·s garífunas dénoncent également le fait que ces activités mettent en péril les écosystèmes locaux. Depuis, des policiers se sont rendus à plusieurs reprises au campement pour vérifier les prétendus comportements répréhensibles des protestataires.

L’ordonnance d’expulsion est contraire à l’arrêt rendu par la Cour interaméricaine des droits de l’homme en faveur de la communauté garifuna des Cayos Cochinos et aux normes du droit international relatives aux expulsions forcées. En 2025, la Cour a estimé que le Honduras avait violé le droit de cette communauté d’être consultée en vue d’un consentement préalable, libre et éclairé, et avait ordonné plusieurs mesures visant à mettre fin aux violations et à réparer les dommages déjà causés.

Ces faits s’inscrivent dans un contexte de menaces et de manœuvres d’intimidations exercées contre le peuple garífuna parce qu’il défend ses droits concernant ses terres ancestrales et demande le respect de quatre arrêts rendus par la Cour interaméricaine, notamment celui relatif aux Cayos Cochinos.

Je vous appelle à ordonner immédiatement la levée de l’ordonnance d’expulsion, à mettre fin aux poursuites pénales visant les défenseur·e·s garífunas des Cayos Cochinos, et à prendre toutes les mesures nécessaires pour appliquer pleinement l’arrêt rendu en leur faveur par la Cour interaméricaine, cette décision étant contraignante pour toutes les autorités honduriennes.

Veuillez agréer, Monsieur le Procureur général, l’expression de ma haute considération.

Écrire à:

Procureur général du Honduras Monsieur Pablo Emilio Reyes Theodore

Lomas del Guijarro

Tegucigalpa, Honduras 

Courriel : fiscaliageneralhnd@gmail.com