• Guinée équatoriale

DES HOMMES DÉTENUS ILLÉGALEMENT RISQUENT D’ÊTRE VICTIMES DE TORTURE

CONTEXTE

Le 11 septembre, les autorités de Guinée équatoriale ont soumis Ahmed Soliman et Samson Birhane à une arrestation illégale, les accusant d’avoir « brisé un miroir » dans un hôtel de Malabo, où les deux hommes sont détenus de manière arbitraire depuis qu’ils ont été illégalement expulsés par les États-Unis vers la Guinée équatoriale cette année. Des policiers ont couvert la tête de ces deux hommes d’un sac et les ont frappés sur la tête, le dos et les côtes. Amnesty International pense que des policiers les ont pris pour cible à titre de représailles, après qu’ils ont signalé les violentes menaces proférées par les autorités afin de les forcer à accepter de retourner dans leur pays d’origine. Depuis lors, ces deux hommes sont détenus dans une cellule de garde à vue surpeuplée, dans des conditions inhumaines, et sont empêchés de parler à leur avocat. Les autorités doivent immédiatement les relâcher, les informer des charges retenues contre eux et leur permettre un accès sans entrave à un avocat.

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Ahmed Soliman, de nationalité égyptienne, et Samson Birhane, ressortissant érythréen arrivé aux États-Unis comme réfugié lorsqu’il avait 13 ans, font partie d’un groupe de dizaines de personnes illégalement expulsées vers la Guinée équatoriale par les États-Unis. Les expulsions effectuées vers la Guinée équatoriale par les États-Unis ont commencé en novembre 2025, à la suite d’un accord opaque d’un montant de 7,5 millions de dollars négocié avec le gouvernement Trump pour le transfert de ressortissant·e·s de pays tiers, conclu par les deux pays en octobre 2025.

Ahmed Soliman et Samson Birhane ont été transférés au moyen de vols affrétés par le Service de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE) au départ d’Alexandria, en Louisiane, et à destination de Malabo, le 29 avril 2026 et le 19 juin 2026 respectivement. Les autorités étasuniennes les ont expulsés, bien que des tribunaux des services d’immigration des États-Unis leur aient accordé une protection contre le « refoulement » vers leur pays d’origine. Depuis leur transfert vers la Guinée équatoriale aux côtés d’autres personnes expulsées, ils se sont trouvés en détention à l’hôtel Bamy, à Malabo. Ahmed Soliman avait publiquement dénoncé le traitement infligé par les autorités aux personnes expulsées par les États-Unis, et des médias internationaux ont publié des vidéos montrant que le 5 septembre, lui-même et un autre homme ont été menacés d’une arme par un policier. Après la diffusion de cette séquence, des policiers ont confisqué plusieurs téléphones aux personnes détenues à l’hôtel. Le 11 septembre, des policiers s’en sont pris à Ahmed Soliman et Samson Birhane, en représailles contre leur partage de vidéos et leurs échanges avec des journalistes. Ils sont arrivés à l’hôtel, les ont arrêtés, semble-t-il pour avoir « brisé un miroir », et les ont emmenés. Plus tard ce jour-là, des policiers sont retournés à l’hôtel, ramenant avec eux Ahmed Soliman et Samson Birhane, qui avaient la tête recouverte d’un sac noué d’une corde. Les policiers les ont frappés à la tête, sur le dos et les côtes avec leurs coudes, leurs genoux et leurs armes, en leur demandant où ils avaient caché les téléphones. Ils ont poussé l’un des hommes dans les escaliers de l’hôtel et ont dit aux autres qu’ils ne reverraient peut-être plus jamais Ahmed Soilman et Samson Birhane.

D’autres personnes transférées depuis les États-Unis ont également déclaré avoir été victimes d’agressions verbales et physiques de la part de policiers dans le cadre de leur garde à vue. Amnesty International estime que ces agissements ont pour but de les pousser à accepter d’être renvoyées dans leur pays d’origine, et de les intimider afin de les empêcher de faire part de leur situation à des journalistes, des avocats et des organisations indépendantes.

Malgré le bilan effroyable de la Guinée équatoriale en matière de droits humains, les États-Unis ont continué à transférer des personnes vers ce pays. Jusqu’en septembre 2026, au moins six vols de l’ICE ont permis l’expulsion de dizaines d’autres hommes et femmes des États-Unis vers Malabo. Les personnes transférées étaient des ressortissant·e·s de différents pays, tels que l’Angola, le Cameroun, l’Égypte, l’Érythrée, l’Éthiopie, la Jamaïque, l’Ouganda, le Sénégal, la République démocratique du Congo ou le Tchad. Selon certaines informations, la plupart, voire la totalité, s’étaient vu accorder une protection par des juges chargés des questions d’immigration aux États-Unis. Malgré cela, bon nombre des personnes transférées ont été contraintes d’accepter leur rapatriement ou ont été renvoyées de force vers leur pays d’origine par les autorités de la Guinée équatoriale, ce qui constitue une violation du principe de « non-refoulement » inscrit dans le droit international.

Bien que la législation nationale contienne quelques références à l’asile, la Guinée équatoriale ne dispose pas d’un cadre juridique de détermination du statut de réfugié, ni d’un système d’asile officiel. Les décisions relatives aux demandes d’asile relèvent du gouvernement. Aucune des demandes d’asile déposées par des personnes envoyées par les États-Unis en Guinée équatoriale n’aurait reçu de réponse des autorités à ce jour.

En mai 2026, un groupe d’expert·e·s des Nations unies a lancé un appel public à la Guinée équatoriale, exhortant son gouvernement à se conformer au droit international relatif aux droits humains et aux normes en la matière, et à s’abstenir de tout « refoulement ». Cette déclaration a en outre été co-signée par un représentant de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). En juin 2026, un groupe d’ONG a saisi la CADHP d’une plainte, accusant le gouvernement de la Guinée équatoriale de refouler vers leur pays d’origine des personnes qui y avaient été envoyées par les États-Unis. En juillet 2026, la CADHP a demandé à la Guinée équatoriale d’adopter des mesures provisoires et de s’abstenir de toute expulsion ou transfert supplémentaire, en veillant à ce qu’aucune personne transférée dans le pays ne soit à son tour expulsée vers un pays où elle risquerait la peine de mort, la torture ou des traitements cruels, inhumains ou dégradants.

La Guinée équatoriale a ratifié la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, et est partie à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, ainsi qu’à la Convention de l’OUA de 1969 régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique. Elle est liée par l’interdiction absolue de la torture, et par le principe juridique du « non-refoulement », qui interdit aux États de transférer des personnes vers des lieux où elles sont exposées à un risque réel de subir de graves violations des droits humains.

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Crédit photo : Privé via Amnesty International

LETTRE À ENVOYER

Monsieur le vice-président,

La détention illégale d’Ahmed Soliman, de nationalité égyptienne, et de Samson Birhane, ressortissant érythréen, et le risque qu’ils soient torturés, m’inspirent de vives inquiétudes.

Ces deux personnes ont été rouées de coups et violemment interpellées par la police à l’hôtel Bamy, à Malabo, la capitale, et sont depuis lors maintenues en détention illégale. Amnesty International pense qu’ils ont été arrêtés à titre de représailles pour avoir fait état du traitement et des menaces choquantes dont ils ont été victimes aux mains des autorités de Guinée équatoriale. Je crains pour leur vie, et leur intégrité physique et psychologique est en danger.

Le 11 septembre 2026, les policiers sont arrivés à l’hôtel Bamy, où ces deux hommes et des dizaines d’autres personnes sont soumis à une détention arbitraire, depuis leur transfert vers ce pays par les autorités étasuniennes, dans le cadre d’expulsions en direction de pays tiers ; les autorités étasuniennes ont expulsé Ahmed Soliman et Samson Birhane vers la Guinée équatoriale en avril et juin 2026, respectivement. Les policiers cherchaient des téléphones et menaçaient le groupe. Ils s’en sont pris à Ahmed Soliman et Samson Birhane, leur ont recouvert la tête, les ont frappés à la tête, sur le dos et sur les côtes, et les ont emmenés à la gendarmerie de Malabo connue sous le nom de « La Luna », les accusant d’avoir « brisé un miroir ». Depuis lors, ils n’ont pas été informés des charges retenues contre eux, ne sont pas autorisés à parler à leurs avocats et sont détenus dans une cellule de police surpeuplée, dans des conditions inhumaines. Je crains qu’ils ne soient exposés à un risque accru de torture.

Ahmed Soliman et Samson Birhane s’étaient précédemment vu accorder une protection contre un « refoulement » vers leur pays d’origine par les tribunaux étasuniens des services d’immigration. Malgré cela, des policiers et des gardes de Guinée équatoriale les ont menacés de manière répétée et les ont maltraités, dans le but de les forcer à accepter de retourner dans leur pays d’origine. Ni l’un ni l’autre ne peut être renvoyé dans son pays d’origine, car ils n’y seraient pas en sécurité. Les forcer à y retourner violerait les obligations de la Guinée équatoriale au regard du droit international.

Je vous exhorte à garantir qu’Ahmed Soliman et Samson Birhane soient immédiatement remis en liberté, soient informés des charges retenues contre eux et puissent avoir accès sans entrave à l’aide d’un avocat. Je vous demande également de faire cesser les menaces et les actes d’intimidation visant à forcer les personnes transférées des États-Unis vers la Guinée équatoriale à accepter de retourner dans leur pays d’origine ; et de vous abstenir d’exercer des représailles contre des personnes ayant signalé et critiqué le traitement qu’elles ont subi dans le pays.

Veuillez agréer, Monsieur le vice-président, l’expression de ma haute considération.

Écrire à:

Vice-président Monsieur Teodoro Nguema Obiang Mangue

Malabo, Guinée équatoriale

X : @teonguema 

Courriel : vicepressorg@gmail.com