IL FAUT LIBÉRER UNE DEMANDEUSE D’ASILE AYANT DES PROBLÈMES DE SANTÉ
CONTEXTE
Le 25 février, les agents du Service de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE) ont arrêté Anabell, une demandeuse d’asile, après un rendez-vous de routine. Peu après, elle a appris qu’elle était enceinte. Anabell n’a pas reçu de soins prénataux et a été forcée à porter des objets lourds, ce qui l’a menée à l’hôpital pour de fortes douleurs et des saignements abondants. L’ICE refuse désormais de remettre à Anabell son dossier médical et l’a placée en détention à l’isolement à plusieurs reprises. Ses avocats lui ont parlé pour la dernière fois le 9 septembre ; son état physique et mental se détériore gravement. Anabell n’aurait jamais dû être arrêtée, et doit immédiatement être libérée et pouvoir obtenir tous ses dossiers médicaux.
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Les services étasuniens chargés de l’immigration placent en détention et expulsent des personnes enceintes, ayant récemment accouché et/ou allaitantes. Les données et rapports disponibles indiquent que cette politique n’est pas appliquée de manière systématique dans la pratique. Les personnes enceintes ne bénéficient souvent pas de soins prénataux adéquats dans les centres de détention du Service de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE). Entre le 1er janvier 2025 et le 16 février 2026, l’ICE a expulsé au moins 363 femmes enceintes, venant d’accoucher ou allaitantes, selon des données rendues publiques par le Département de la sécurité intérieure (DHS) dans le cadre d’une enquête sénatoriale. À la mi-février 2026, 2 686 femmes enceintes se trouvaient toujours en détention de l’ICE, dont neuf femmes dans leur dernier trimestre de grossesse. À la fin septembre 2025, au moins 16 fausses couches avaient été recensées dans des lieux de détention des services de l’immigration. Le DHS a également admis ne pas assurer un suivi complet des mères allaitantes placées sous sa garde. Dans 498 autres cas concernant des femmes enceintes ou allaitantes, l’ICE n’a pas été en mesure de confirmer l’issue de la situation, ne précisant pas si ces femmes avaient été expulsées, remises en liberté ou avaient bénéficié de soins médicaux. Le manquement au devoir de tenir des registres complets concernant la détention, les traitements médicaux et le sort de centaines de femmes enceintes et allaitantes a représenté une nouvelle atteinte au devoir de transparence et de responsabilité.
Les éléments disponibles soulèvent de graves préoccupations quant à la qualité des soins médicaux prodigués aux femmes enceintes, aux femmes en post-partum et aux femmes allaitantes placées en détention par les services d’immigration. Les recherches et les constats effectués par divers groupes de défense des droits humains, parmi lesquels Amnesty International, ont mis en évidence des lacunes dans l’accès dans un délai raisonnable à des soins prénataux, obstétricaux et post-partum appropriés. La détention de femmes enceintes dans des établissements incapables de fournir des soins médicaux adéquats et continus les expose à des risques accrus et potentiellement évitables pour leur santé et, le cas échéant, pour celle de leur fœtus et de leur nouveau-né. L’utilisation persistante de la détention est particulièrement préoccupante compte tenu de l’existence d autres solutions qui permettraient à ces personnes de rester au sein de leur communauté pendant la durée de la procédure d’immigration. Les femmes enceintes, celles qui viennent d’accoucher et celles qui allaitent auraient, dans de nombreux cas, pu être remises en liberté dans le cadre de mesures moins restrictives. Les services d’immigration continuent néanmoins de recourir à la détention et, dans certains cas, à des procédures d’éloignement, notamment l’expulsion de personnes pendant leur grossesse ou peu après leur accouchement.
Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits humains ont constaté que la détention et l’expulsion de femmes enceintes, de femmes en post-partum et de femmes allaitantes doivent être examinées non pas simplement comme des défaillances administratives isolées, mais dans le contexte de politiques plus larges qui privilégient de plus en plus la détention et l’éloignement au détriment d’évaluations individualisées de l’état de santé, de la vulnérabilité et de l’unité familiale. Les éléments de preuve disponibles indiquent que des préjudices prévisibles sont aggravés par un suivi inadéquat, un accès insuffisant aux soins médicaux et le non-respect systématique des garanties existantes visant à limiter la détention de personnes particulièrement vulnérables. La détention de femmes enceintes, de femmes en post-partum et de femmes allaitantes dans des conditions susceptibles de compromettre leur accès à des soins de santé adéquats, la séparation de nourrissons et de leurs parents, et les expulsions visant des femmes enceintes à un stade avancé de leur grossesse soulèvent de graves préoccupations au regard des protections constitutionnelles et légales étasuniennes ainsi que du droit international relatif aux droits humains. Ces pratiques peuvent porter atteinte, entre autres, au droit à la santé, au droit à la liberté et à la protection contre la détention arbitraire, au droit à l’unité de la famille, ainsi qu’à l’obligation de veiller à ce que toutes les personnes privées de liberté soient traitées avec humanité et que leur dignité soit respectée.
Les autorités étasuniennes doivent garantir que toute privation de liberté liée à la migration doit être clairement prévue par la loi et strictement justifiée par un objectif légitime, nécessaire, proportionné et non discriminatoire. Dans le cas contraire, la détention est considérée comme arbitraire. Un nombre limité d’objectifs spécifiques sont reconnus comme des motifs légitimes de détention liée à l’immigration en vertu du droit international et des normes associées, notamment la vérification de l’identité à la suite de l’arrivée d’une personne dans un pays et la prévention de la fuite d’une personne après une évaluation objective du risque de fuite dans le cadre d’une procédure de transfert, d’éloignement, de déportation ou d’expulsion qui a été engagée, est en cours et a des chances raisonnables d’être exécutée dans un délai raisonnable. Ils devraient également : garantir un accès ininterrompu à des soins prénataux, obstétricaux, post-partum et pédiatriques adaptés ; interdire les pratiques entraînant une séparation injustifiée des nourrissons et des jeunes enfants de leurs parents ; et mettre en place des systèmes transparents permettant de consigner et de rendre compte publiquement de la détention, du transfert, de la libération, des traitements médicaux et de l’éloignement de toutes les femmes enceintes, en post-partum et allaitantes placées en détention par les services d’immigration. Le non-respect de ces garanties risque de perpétuer des violations aux conséquences graves et, dans certains cas, irréversibles.
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Crédit photo : Privé via Amnesty International
LETTRE À ENVOYER
Monsieur,
Je vous écris afin de vous encourager vivement à libérer sans délai Anabell, une demandeuse d’asile nicaraguayenne. Je déplore profondément qu’elle ait subi une fausse couche en détention, qu’elle continue de souffrir de problèmes de santé et qu’on lui refuse des soins médicaux adéquats, ou même l’accès à son dossier médical, au centre de détention du comté de Campbell (CCDC), où elle est détenue depuis le 25 février 2026.
Anabell a appris qu’elle était enceinte après son arrestation, lorsqu’elle a effectué deux tests de grossesse dont les résultats se sont révélés positifs ; elle n’a pourtant bénéficié d’aucun suivi prénatal ni reçu de vitamines prénatales, alors que les politiques fédérales le prévoient. Comme vous le savez certainement, une grossesse nécessite des soins médicaux réguliers, une prise en charge médicamenteuse, et un suivi. Depuis son placement en détention par le Service américain de l’immigration et des douanes (ICE), Anabell n’a guère bénéficié de soins prénataux. On lui a fait porter des objets lourds malgré de fortes douleurs et des saignements vaginaux. Elle a signalé à plusieurs reprises ses problèmes de santé au personnel du CCDC, en vain. Fin mars, elle a déposé une requête médicale urgente faisant état de saignements vaginaux abondants et de douleurs intenses. Après avoir décrit en détail ces symptômes, qui mettaient sa vie en danger, et supplié qu’on l’aide, Anabell a finalement été transférée dans un hôpital extérieur pour une fausse couche présumée.
Il est affligeant de constater que l’établissement n’a pris aucune mesure pour lui fournir des soins prénataux ou postnataux, ni une prise en charge obstétrique. Depuis son retour en détention, Anabell souffre de douleurs, d’engourdissements, de vomissements et elle perd ses cheveux, mais n’a quasiment pas bénéficié d’un suivi médical. Par ailleurs, malgré deux demandes de transmission du dossier médical d’Anabell formulées par ses avocats en avril, une autre demande en juin et des requêtes émanant de membres du Congrès en juillet, le centre de détention a refusé de fournir les documents en question. Anabell a été placée à l’isolement à deux reprises depuis son retour de l’hôpital. Elle a besoin de soins médicaux et obstétricaux urgents qu’elle ne peut recevoir de manière adéquate qu’en dehors du centre de détention. Faute de soins adaptés, la santé et la vie d’Anabell sont en danger.
Les avocats d’Anabell lui ont parlé pour la dernière fois le 9 septembre 2026. Sa santé physique et mentale se détériore. Sans accès à des soins médicaux, son état reste critique. Je vous demande instamment de veiller à ce qu’Anabell soit immédiatement libérée et reçoive son dossier médical afin de pouvoir bénéficier des soins obstétricaux d’urgence dont elle a désespérément besoin.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma haute considération.
Écrire à:
Sam Olson
ICE Field Office Director, Enforcement and Removal Operations (ERO)
Chicago Field Office
101 W Ida B Wells Drive, Suite 4000 Chicago, IL 60605 États-Unis
Courriel : Chicago.Outreach@ice.dhs.gov