• Égypte

UN ÉGYPTIEN DÉTENU ARBITRAIREMENT POUR AVOIR JOUÉ DANS UN FILM

CONTEXTE

Le 20 décembre 2025, Hassan El Sayed, ressortissant égyptien résidant au Danemark, a été arrêté en arrivant à l’aéroport international du Caire. Des fonctionnaires de l’Agence de sécurité nationale l’ont interrogé sur son rôle dans le film Les Aigles de la République, où il a fait une brève apparition sous les traits d’un évêque copte. À la suite de son arrestation, il a été présenté devant un procureur, qui a ordonné son placement en détention provisoire dans l’attente d’une enquête pour « participation à une organisation terroriste en ayant conscience de ses objectifs ». Depuis, sa détention provisoire a été prolongée dans l’affaire n° 4529 traitée par le service du procureur général de la sûreté de l’État. Les autorités égyptiennes doivent immédiatement libérer Hassan El Sayed et abandonner toutes les charges retenues contre lui, car il est détenu uniquement pour avoir exercé pacifiquement ses droits humains. Elles doivent aussi lui permettre de rejoindre sa famille au Danemark en toute sécurité.

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Hassan El Sayed, citoyen égyptien âgé de 60 ans, réside au Danemark. Il vit dans ce pays depuis près de 40 ans ; son épouse et ses deux enfants sont citoyens danois. Avant son arrestation, il gérait des biens immobiliers à Copenhague. Encore avant, il a travaillé pendant près de 20 ans pour la bibliothèque de Nørrebro, une des bibliothèques publiques de Copenhague. Au moment de son arrestation le 20 décembre 2025, il était en voyage en Égypte, où il s’était rendu librement.

Selon ses proches, Hassan El Sayed joue dans des films pour le plaisir et non comme métier. Il a incarné de petits rôles dans des films danois, ainsi que dans La Conspiration du Caire, du même réalisateur que Les Aigles de la République. Ce dernier film est un thriller politique et une satire de la propagande d’État qui expose les pratiques autoritaires en Égypte, notamment le rôle de l’armée. Aucune des œuvres de la trilogie du Caire de Tarik Saleh (Le Caire confidentiel, La Conspiration du Caire et Les Aigles de la République) n’a été diffusée en Égypte. À la connaissance d’Amnesty International, il n’y a pas eu de déclaration officielle confirmant la censure de ces films, mais des informations parues dans les médias indiquent qu’ils n’ont pas obtenu d’autorisation de projection en Égypte. Dans la pratique, l’Autorité générale pour la censure des œuvres d’art, qui dépend du ministère de la Culture, n’autorise pas la projection des films politiquement sensibles.

D’après la famille de Hassan El Sayed, il n’a jamais milité politiquement ou d’une autre manière. Elle souligne que, lorsqu’il a accepté de jouer dans Les Aigles de la République, il n’avait pas eu accès à l’ensemble du scénario ni à un aperçu général de l’intrigue. Sa participation s’est limitée strictement aux répliques qui lui ont été attribuées pour la brève scène dans laquelle il apparaît.

Hassan El Sayed est actuellement incarcéré à la prison du Dixième jour de ramadan. Amnesty International a précédemment fait état des conditions cruelles et inhumaines qui prévalent dans cette prison (en particulier son aile n° 6). Selon des avocats et des proches de prisonniers, tous les détenus sont privés de lumière du jour car ils ne sont autorisés à faire de l’exercice quotidien qu’à l’intérieur. À la suite d’un travail de recherche effectué dans 16 prisons en Égypte, Amnesty International a déjà établi que les autorités pénitentiaires égyptiennes soumettaient des personnes incarcérées pour délit d’opinion et pour des motifs politiques, par leurs conditions de détention, à la torture et à d’autres traitements ou sanctions cruels, inhumains ou dégradants et qu’elles les privaient délibérément de soins médicaux pour les punir de leur dissidence.

Les autorités égyptiennes ont démontré leur intolérance persistante pour la dissidence, qu’elle soit réelle ou perçue, en attaquant les journalistes, militant·e·s, avocat·e·s, responsables politiques d’opposition et autres personnes qui critiquent les politiques gouvernementales ou dénoncent les multiples violations des droits humains. Amnesty International a publié des informations sur les vagues d’arrestations à répétition et les nombreuses personnes poursuivies uniquement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Les personnes détenues dans des affaires politiques sont fréquemment soumises à des détentions arbitraires prolongées, notamment sous la forme de placements en détention provisoire renouvelés automatiquement par des procureurs et des juges sans véritable contrôle judiciaire. Amnesty International a également relevé à plusieurs reprises que les droits constitutifs du droit à un procès équitable étaient systématiquement bafoués en Égypte, en particulier dans les affaires à caractère politique, notamment le droit à l’assistance d’un avocat de son choix pendant l’interrogatoire initial par la police, le droit à une défense adéquate, le droit de ne pas témoigner contre soi-même, le droit à la présomption d’innocence, le droit d’être jugé par un tribunal compétent, impartial et indépendant lors d’un procès équitable et public, et le droit d’être protégé de la torture et des autres mauvais traitements.

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Crédit photo : Amnesty International

LETTRE À ENVOYER

Monsieur le Procureur,

Je vous écris pour vous faire part de ma vive inquiétude au sujet de l’arrestation et de la détention arbitraire de Hassan El Sayed depuis le 20 décembre 2025. Hassan El Sayed est venu du Danemark passer des vacances en Égypte avec sa fille de 15 ans. Des membres des forces de sécurité l’ont interrogé sur son rôle dans le film Les Aigles de la République, présenté en mai 2025 au festival de Cannes. Ce film n’a jamais été diffusé en Égypte car il critique le régime politique du pays. Hassan El Sayed fait une apparition de 20 secondes dans le film sous les traits d’un évêque copte.

À la suite de son arrestation, Hassan El Sayed a été soumis à une disparition forcée pendant cinq jours, du 20 au 25 décembre. Pendant cette période, sa famille n’a rien su de ce qu’il lui était arrivé ni du lieu où il se trouvait. Des informations ont plus tard révélé que les forces de sécurité l’avaient conduit au service du procureur général de la sûreté de l’État (SSSP) le 22 décembre et qu’il avait alors été interrogé par un procureur sans qu'un avocat soit présent. Depuis son arrestation, Hassan El Sayed a comparu à sept reprises devant le SSSP lors d’audiences en ligne qui n’ont duré que quelques minutes. Au cours de l’une de ces audiences, le procureur lui a demandé pourquoi il portait une barbe, ce que Hassan El Sayed a interprété comme une accusation d’appartenance aux Frères musulmans. Il a expliqué qu’il voulait couvrir une cicatrice laissée par une opération à la gorge et a demandé comment cela pouvait laisser penser qu’il avait un lien avec les Frères musulmans. Le procureur l’a également interrogé à deux reprises sur sa brève apparition dans Les Aigles de la République. Hassan El Sayed est maintenu en détention provisoire dans l’attente d’une enquête pour des accusations infondées de « participation à une organisation terroriste en ayant conscience de ses objectifs », une infraction passible de 15 ans d’emprisonnement.

Il est actuellement incarcéré à la prison du Dixième jour de ramadan. Son avocat n’est pas autorisé à lui rendre visite et ne peut communiquer avec lui que pendant les audiences en ligne. Sa famille, dont la dernière visite date du 14 mars, a indiqué que son état physique était stable mais que sa santé mentale était gravement affectée par sa détention. Il a été maintenu à l’isolement pendant les 15 premiers jours de sa détention à la prison du Dixième jour de ramadan, sans pouvoir communiquer avec son avocat et sa famille. Il est extrêmement inquiet à l’idée d’encourir plusieurs années d’emprisonnement pour avoir joué dans un film.

Je vous demande de veiller à ce que Hassan El Sayed soit libéré immédiatement et sans condition et que toutes les charges retenues contre lui soient abandonnées, car il est détenu uniquement pour avoir exercé pacifiquement ses droits fondamentaux. Je vous appelle également à lui permettre de retourner auprès de sa famille au Danemark. En attendant sa libération, il doit être détenu dans des conditions conformes aux normes internationales relatives au traitement des prisonniers, avoir accès à des soins de santé adéquats et pouvoir communiquer avec sa famille et ses avocats.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Procureur, l’expression de ma haute considération.

APPELS À 

Procureur de la République 

Procureur Public Mohamed Shawky Ayyad

Bureau du procureur public, Madinat al-Rehab

Cairo, Égypte

Fax : +202 2577 4716 

X : @EgyptianPPO 

Courriel : m.office@ppo.gov.eg