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MADA MASR MENACÉ DE FERMETURE, SA RÉDACTRICE EN CHEF RISQUE LA PRISON

CONTEXTE

Lina Attalah, rédactrice en chef du média indépendant égyptien Mada Masr, doit comparaître au pénal le 11 novembre 2026 sous l’accusation de « diffusion de fausses informations », uniquement en raison de l’activité de journalisme indépendant de son média. Elle risque une peine d’un an d’emprisonnement. Dans le cadre d’une autre affaire, le 27 octobre, le tribunal correctionnel du Nouveau Caire a déclaré Lina Attalah coupable d’avoir « géré un site Internet sans autorisation », et il l’a condamnée à une amende de trois millions de livres égyptiennes et a ordonné la fermeture de Mada Masr. L’audience d’appel contre cette décision est prévue pour le 25 novembre 2026. Les autorités doivent abandonner les charges retenues contre Lina Attalah, annuler l’ordonnance de fermeture de Mada Masr et permettre à ce média de fonctionner librement.

PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-DESSOUS.

Lina Attalah, 44 ans, est une éminente journaliste égyptienne. Elle est cofondatrice et rédactrice en chef de Mada Masr. Créé en juin 2013, ce média publie en arabe et en anglais et est reconnu internationalement pour son travail d’investigation et son indépendance éditoriale. Il a poursuivi ses activités malgré des blocages répétés de son site Internet, l’arrestation de membres de son personnel, une descente dans ses locaux et un harcèlement judiciaire.

Le jugement rendu le 27 octobre menace l’existence même de Mada Masr. Si la décision de justice devient définitive, cela entraînera l’exécution intégrale de l’ordonnance de fermeture, y compris la saisie de ses biens. Une audience d’appel contre la condamnation, l’amende et l’ordonnance de fermeture est prévue pour le 25 novembre 2026. Mada Masr a sollicité à plusieurs reprises une licence pour ses activités depuis 2018. Les demandes déposées en 2018 et 2020 sont restées sans réponse. En 2022, le média a appris que sa demande avait été rejetée sans que cette décision n’ait été motivée, et le recours judiciaire qu’il a ensuite introduit a été rejeté. Après que le Conseil suprême de régulation des médias eut identifié des documents prétendument manquants lors d’une audience en 2023, Mada Masr a déposé une nouvelle demande en 2026 tenant compte de ces exigences, mais n’a reçu aucune réponse.

Conformément aux normes internationales relatives aux droits humains, les autorités ne doivent pas se servir des conditions d’octroi des licences pour réduire au silence les médias indépendants ou sanctionner les journalistes qui exercent leur activité sans l’autorisation qu’ils ont sollicitée à plusieurs reprises. Contraindre un média à la fermeture constitue une restriction exceptionnellement sévère de la liberté d’expression et ne constitue pas une réponse proportionnée au fait d’exercer ses activités sans autorisation gouvernementale. La condamnation et les sanctions qui y sont liées doivent être annulées, et Mada Masr doit être autorisé à exercer librement ses activités.

Depuis six ans, Lina Atallah et ses collègues de Mada Masr ont été visés par six actions en justice motivées par des considérations politiques, en raison de leurs reportages. Récemment, le 4 août 2025, les autorités ont convoqué Lina Atallah afin de l’interroger pour des chefs d’accusation infondés, notamment « diffusion de fausses informations » et « exploitation d’un site Internet sans autorisation », à la suite d’un article publié le 31 juillet 2025 au sujet de la détérioration des conditions de détention à la prison de Badr 3. Elle a été libérée sous caution dans l’attente des conclusions de l’enquête. L’enquête pénale visant Lina Atallah et des membres du personnel de Mada Masr est toujours ouverte dans le cadre de cinq affaires.

Les poursuites engagées contre Lina Atallah et l’ordonnance judiciaire ordonnant la fermeture de Mada Masr marquent une nouvelle escalade dans la répression de longue date menée par l’Égypte contre les médias indépendants. Depuis 2016, les autorités ont renforcé leur contrôle sur les médias, soumettant des dizaines de journalistes et d’autres professionnel·le·s des médias à des arrestations et détentions arbitraires, à des poursuites sur la base d’accusations infondées liées au terrorisme, et à des licenciements pour avoir exprimé des opinions critiques. Les forces de sécurité ont mené des descentes dans des médias indépendants, et les autorités ont bloqué des centaines de sites Internet, dont Mada Masr. La législation relative aux médias et à la cybercriminalité adoptée en 2018 a davantage encore élargi les pouvoirs des autorités à des fins de restriction du journalisme indépendant et de répression pénale de la liberté d’expression en ligne.

Les dernières poursuites en date visant Lina Attalah interviennent peu de temps après l’arrestation arbitraire, en septembre 2026, de six journalistes de la plateforme d’investigation Matsadaash. Leur arrestation a déclenché des manifestations de solidarité, notamment un sit-in au Syndicat des journalistes égyptiens qui a débuté le 3 octobre. Le 5 octobre, les autorités ont interrogé la journaliste Rasha Azab, qui avait participé à ce sit-in, au sujet d’une publication sur les réseaux sociaux critiquant le ministère de l’Intérieur, l’accusant de promouvoir des actes terroristes ; elles l’ont libérée contre une caution d’un montant de 10 000 livres égyptiennes. Ces attaques successives témoignent de la détermination des autorités à museler le journalisme indépendant et à punir ceux qui le défendent.

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Crédit photo : Privé via Amnesty International

LETTRE À ENVOYER

Monsieur le Procureur de la République,

Je vous écris pour vous faire part de mes préoccupations concernant les poursuites engagées contre l’éminente journaliste Lina Attalah et la menace de fermeture forcée qui pèse sur Mada Masr, l’un des principaux médias indépendants en Égypte.

Le 11 novembre 2026, Lina Attalah comparaîtra devant le tribunal pour « diffusion de fausses informations » et « gestion d’un site Internet sans autorisation », uniquement en raison de l’activité journalistique indépendante de Mada Masr. La « diffusion de fausses informations » n’est pas une infraction reconnue par le droit international, car elle ne peut pas entraîner une restriction légitime de la liberté d’expression au regard des normes internationales relatives aux droits humains. De plus, le Comité des droits de l'homme des Nations unies a explicitement précisé, dans son Observation générale n° 34, que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l’Égypte est partie, interdit les interdictions générales visant la diffusion d’opinions erronées ou de récits inexacts d’événements historiques.

Lors d’un autre procès tenu le 27 octobre 2026, le tribunal correctionnel du Nouveau Caire a condamné Lina Attalah en sa qualité de rédactrice en chef pour avoir géré un site Internet sans autorisation, lui infligeant l’amende maximale de trois millions de livres égyptiennes (54 467 dollars des États-Unis) et a ordonné la fermeture de Mada Masr. Les forces de sécurité l’ont arrêtée de façon violente au tribunal à l’issue du jugement et l’ont détenue jusqu’au paiement de l’amende. Elle a été libérée au bout de plusieurs heures. L’audience d’appel est prévue pour le 25 novembre 2026. Cette procédure a soulevé de graves préoccupations quant au respect des garanties d'un procès équitable. Le juge a refusé d’accéder à la demande d’ajournement formulée par les avocats de la défense pour qu’ils puissent disposer d’un délai suffisant pour se préparer, et a rejeté leurs demandes visant à produire des pièces supplémentaires et à citer des témoins. Ce procès précipité et la condamnation à la peine maximale renforcent les craintes de voir Lina Attalah emprisonnée à l’issue de son prochain procès et Mada Masr définitivement fermé à l’issue de l’audience d’appel.

Mada Masr a sollicité à plusieurs reprises une licence depuis 2018. Les autorités se sont abstenues de répondre à ses demandes ou ont refusé de lui accorder l’autorisation. Ce média ne devrait pas être contraint de fermer : cette sanction ne peut en aucun cas être proportionnée du fait du système d’octroi de licences que les autorités ont utilisé pour entraver son travail. Conformément aux normes relatives aux droits humains, l’enregistrement des médias ne doit pas être instrumentalisé pour museler le journalisme indépendant.

Je vous demande de veiller à ce que toutes les charges retenues contre Lina Attalah soient immédiatement abandonnées puisqu’elles sont uniquement liées au travail d’information indépendant de Mada Masr, et à ce que Lina Attalah ne soit pas incarcérée pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression. Les autorités doivent annuler l’ordonnance de fermeture de Mada Masr et mettre fin à toute mesure visant à faire exécuter la saisie des biens de Mada Masr, dans l’attente de l’annulation de cette décision. Les autorités doivent accorder à Mada Masr une licence lui permettant de mener ses activités, lever le blocage de son site Internet et permettre à ce média d’exercer librement ses activités sans faire l’objet d’autres actes de harcèlement ou d’intimidation.

Veuillez agréer, Monsieur le Procureur de la République, l’expression de ma haute considération.

Écrire à:

Procureur de la République : Mohamed Shawky Ayyad 

Courriel : m.office@ppo.gov.eg

Fax : + 202 2577 4716

X : @EgyptianPPO