ÉGYPTE. UN ÉTUDIANT INJUSTEMENT INCARCÉRÉ RISQUE LA RÉCLUSION À PERPÉTUITÉ
CONTEXTE
L’étudiant égyptien Oqba Hashad a passé presque sept ans en détention arbitraire à titre de sanction en raison du militantisme de son frère en faveur des droits humains. En avril 2025, le service du procureur général de la sûreté de l’État l’a présenté devant un tribunal pour des accusations fallacieuses en lien avec le terrorisme. S’il est reconnu coupable, il pourrait être incarcéré pour le restant de ses jours. En novembre 2025, après des années de mobilisation de ses soutiens, les autorités égyptiennes l’ont enfin autorisé à recevoir une nouvelle prothèse pour sa jambe, après le lui avoir refusé pendant plus de trois ans. Oqba Hashad est détenu uniquement en raison des activités militantes de son frère en faveur des droits humains ; il doit donc être remis en liberté immédiatement et sans condition.
PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-JOINT.
Oqba Hashad est maintenu en détention arbitraire depuis près de sept ans sans jugement, uniquement en raison de ses liens familiaux, en particulier des actions menées en faveur des droits humains par son frère Amr Hashad, militant qui a quitté l’Égypte en 2019. Les autorités carcérales avaient interrogé Oqba Hashad à de multiples reprises, par exemple en octobre 2023, au sujet du travail de son frère en faveur des droits humains et de ses contacts avec sa famille en Égypte. Elles voulaient également savoir s’il avait partagé avec son frère des informations au sujet de ses conditions de détention. Son frère Amr Hashad avait été appréhendé en 2014 en raison de son militantisme au sein du syndicat étudiant de l’Université d’Assiout. Par la suite, il a été condamné à trois ans de prison après avoir été reconnu coupable d’avoir rejoint une organisation terroriste, tenté de renverser le gouvernement et incité à la contestation. Depuis l’exil, Amr Hashad a continué de dénoncer les violations des droits humains en Égypte, notamment les disparitions forcées et les conditions de détention cruelles et inhumaines. La mère d’Oqba Hashad a été détenue et interrogée pendant neuf heures lors d’une visite à la prison de Shebin Al Kom, où Oqba Hashad était alors incarcéré, en lien avec un message Facebook publié par Amr Hashad en décembre 2020 au sujet de l’interdiction faite à son frère de recevoir sa prothèse de jambe et des injustices subies par leur famille.
En violation de l’interdiction absolue de la torture et des mauvais traitements, les autorités carcérales le privent d’accès à des soins adéquats et à la prothèse pour sa jambe depuis plus de trois ans, ce qui lui cause de graves douleurs et souffrances physiques et psychologiques, et le rendent dépendant des autres prisonniers pour répondre à ses besoins les plus élémentaires. Oqba Hashad a été amputé de la jambe droite au-dessus du genou à la suite d'un accident survenu dans son enfance, ce qui fait qu’il avait beaucoup de mal à se déplacer et avait besoin de toute urgence d'une prothèse bien ajustée. Le 9 janvier 2024, il a été transféré au tribunal sans fauteuil roulant, en claudiquant sur une jambe, et a été contraint de s’assoir par terre devant le juge. Les autorités pénitentiaires refusent également de lui permettre de bénéficier de soins médicaux spécialisés, qui ne sont pas dispensés en prison, ce qui fait craindre des lésions permanentes et irréversibles à sa colonne vertébrale, selon des médecins indépendants consultés par ses proches.
Le 7 août 2022, des proches de son compagnon de cellule, qui s’étaient rendus à la prison de Wadi al Natroun, ont appelé sa famille pour l’informer que sa prothèse de jambe s’était cassée. Sa famille s’est précipitée à la prison pour la récupérer et l’emmener pour réparation dans une clinique spécialisée, où un médecin et un ingénieur leur ont dit qu’il fallait la remplacer. La famille n’en ayant pas les moyens financiers, elle a cherché à la faire malgré tout réparer. Le 9 août 2022, lorsque ses proches sont revenus à la prison avec la prothèse, les autorités pénitentiaires ont insisté pour procéder à une inspection approfondie, ont tenté de la démonter et les ont prévenus qu’il y aurait d’autres inspections. Par ailleurs, Oqba Hashad souffre de vives douleurs au dos, car il est contraint de dormir par terre dans sa cellule à la prison de Wadi El Natroun. En mars 2024, après avoir comparu devant le service du procureur général de la sûreté de l’État pour être interrogé dans le cadre d’une nouvelle affaire n° 3391/2023, il a été transféré à la prison du Dixième jour de ramadan (aile n° 2), où il est toujours incarcéré. Lors d’une visite, il a dit à sa famille que les conditions dans l’aile n° 2 de cette prison sont meilleures qu’à Wadi El Natroun, sans rien préciser de plus. Amnesty International a déjà fait état des conditions cruelles et inhumaines qui prévalent dans cette prison (aile n° 6). Selon des avocats et des proches de prisonniers, tous les détenus sont privés de lumière du jour car ils n’ont le droit de faire de l’exercice quotidien qu’à l’intérieur.
En mai 2019, des agents de l’Agence de sécurité nationale ont fait irruption dans la résidence étudiante d’Oqba Hashad, à l’Université de la ville de Sadat, dans le gouvernorat de Menoufia, et ont arrêté tout le monde sans mandat. Tous les autres étudiants ont été libérés les jours suivants, sauf Oqba Hashad. Au lendemain de son arrestation arbitraire, il a été soumis à une disparition forcée pendant 77 jours aux mains des forces de sécurité, qui l’ont torturé et lui ont infligé des mauvais traitements : elles l’ont notamment suspendu par les bras au plafond et lui ont administré des décharges électriques sur les parties génitales et le moignon de sa jambe. Le 1er août 2019, un procureur a ordonné son placement en détention provisoire dans l’attente d’investigations sur les accusations portées à son encontre : avoir « rejoint une organisation formée contre l’état de droit » et « participé à des manifestations visant à renverser le régime ». Depuis lors, sa détention provisoire, qui dépasse largement la limite de deux ans fixée par la loi égyptienne, a été prolongée.
En tant qu’État partie à la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, l’Égypte doit s’acquitter de son obligation de veiller à ce que les personnes porteuses de handicaps, lorsqu’elles sont pri-vées de leur liberté, aient droit, sur la base de l’égalité avec les autres, aux garanties prévues par le droit interna-tional relatif aux droits humains, en bénéficiant d’aménagements raisonnables et de services de santé adaptés (article 14 de la Convention).
LANGUE À PRIVILÉGIER POUR LA RÉDACTION DE VOS APPELS : arabe et anglais
Vous pouvez également écrire dans votre propre langue.
Crédit photo : privé via Amnesty International
LETTRE À ENVOYER
Monsieur le Procureur général,
Je vous écris afin de vous faire part de ma vive inquiétude au sujet de la détention arbitraire de l’étudiant égyptien Oqba Hashad, âgé de 29 ans, détenu à la prison du 10ème jour du Ramadan. Oqba Hashad se trouve en détention provisoire arbitraire et illégale depuis son arrestation, il y a près de sept ans, le 20 mai 2019. Sa détention provisoire dépasse largement la limite de deux ans fixée par la loi égyptienne. Le 20 février 2024, un juge a ordonné sa libération au motif que sa détention provisoire dans le cadre de l’affaire n° 7769/2019, instruite par le service du procureur général de la sûreté de l’État, avait excédé la limite légale. Au lieu de le libérer, les forces de sécurité l’ont soumis à une disparition forcée pendant 10 jours et ont ensuite ouvert une enquête contre lui dans une nouvelle affaire (n° 3391/2023, instruite par le service du procureur général de la sûreté de l’État), pour des accusations fallacieuses similaires. Les autorités utilisent cette pratique abusive, communément appelée « rotation », pour maintenir les personnes en détention sans procès pendant une durée indéterminée.
En avril 2025, Oqba Hashad a été déféré devant les tribunaux aux côtés de 75 personnes pour des accusations de terrorisme forgées de toutes pièces. Selon l’acte d’accusation examiné par Amnesty International, il a été inculpé de « participation à une organisation terroriste en ayant conscience de ses objectifs ». Il est en outre accusé de « participation à un accord criminel visant à troubler l’ordre public et à commettre des crimes terroristes ». S’il est reconnu coupable, il encourt la réclusion à perpétuité. Amnesty International considère comme infondées les accusations contre Oqba Hashad ; le parquet n’a présenté aucune preuve de son implication dans des actes susceptibles de constituter des comportements criminels. Elle estime qu’il est sanctionné en raison des actions militantes de son frère, Amr Hashad.
Depuis son arrestation, Oqba Hashad a été soumis à de multiples violations des droits humains, notamment à une détention arbitraire, à la torture et à des mauvais traitements, ainsi qu’à la privation de soins médicaux. Il est resté sans prothèse de jambe d’août 2022 à novembre 2025. En novembre 2025, l’administration pénitentiaire lui a enfin fourni une prothèse de jambe opérationnelle. Pour la première fois depuis des années, lors d’une visite en novembre 2025, il a pu serrer sa mère dans ses bras. Cependant, les autorités continuent de l’empêcher de recevoir des médicaments essentiels, et ont également soumis sa famille à des fouilles intrusives lors de chaque visite. En outre, l’un des frères d’Oqba Hashad a été harcelé à la suite d'une visite à la prison le 15 janvier 2026. Il a été interrogé pendant des heures pour savoir comment les organisations de défense des droits humains et les sympathisant·e·s reçoivent des informations sur les conditions carcérales d’Oqba Hashad. D’après sa famille, Oqba Hashad est épuisé, à la fois physiquement et mentalement, au bout de sept années d’incarcération inique. La perspective de son procès qui approche aggrave son angoisse, car il craint de passer des décennies derrière les barreaux.
Je vous demande instamment de veiller à ce qu’Oqba Hashad soit libéré immédiatement et sans condition, et à ce que toutes les charges retenues contre lui soient abandonnées, car il est détenu uniquement à titre de sanction en raison du militantisme de son frère. Dans l’attente de sa libération, il doit être autorisé à voir régulièrement sa famille et ses avocats et à recevoir tous les soins médicaux nécessaires, et doit être détenu dans des conditions conformes aux normes internationales relatives au traitement des prisonniers.
Veuillez agréer, Monsieur le Procureur général, l’expression de ma haute considération.
APPELS À
Procureur général, Mohamed Shawky Ayyad
Office of the Public Prosecutor, Cairo, Égypte
Fax : + 202 2577 4716 ;
Twitter/X : @EgyptianPPO