• Colombie

MENACES CONTRE DES VICTIMES, DES MILITANT·E·S ET UNE AVOCATE

CONTEXTE

Le 18 octobre 2026, Yessika Hoyos, avocate et défenseure des droits humains au sein du Collectif d’avocat·e·s José Alvear Restrepo (CAJAR), et Candelaria Barrios, Malena Martínez et Juan David Díaz, membres de la branche du Mouvement national des victimes de crimes d'État (MOVICE) du département de Sucre, ont reçu des menaces de mort après qu’une condamnation a été prononcée dans un procès relatif au massacre de La Guaripa, commis en 2018 dans le département de Sucre. Des membres du MOVICE et du CAJAR ont été visés par des menaces similaires et les dénoncent depuis 2019. Nous demandons au parquet général de Colombie de diligenter dans les meilleurs délais une enquête sérieuse, qui doit être menée par l’Unité nationale des droits humains.

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Le Collectif d’avocat·e·s José Alvear Restrepo (CAJAR) est une organisation colombienne de défense des droits humains basée à Bogotá. Fondé en 1980, le CAJAR est une des principales organisations de soutien juridique à but non lucratif en Colombie, représentant des victimes de la violence étatique et paramilitaire, et promouvant une défense intégrale des droits fondamentaux, qui couvre les droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux. Le Mouvement national des victimes de crimes d'État (MOVICE) est né en 2005, découlant de la lutte menée contre l’impunité de la violence d’État par des victimes du pays tout entier. Le MOVICE est actuellement un mouvement national d’une grande diversité qui regroupe des victimes de crimes de droit international commis par des représentants de l’État ou avec leur soutien, comptant des branches dans plusieurs départements du pays, dont celui de Sucre. Des membres du CAJAR et du MOVICE ont eux-mêmes été la cible de violences politiques. En 2023, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a déclaré la Colombie responsable de violations des droits fondamentaux contre des membres du CAJAR entre 1990 et au moins 2005, par le biais d’activités de renseignement, de campagnes de dénigrement et d’attaques directes par des agents de l’État. Amnesty International a reçu des informations sur des menaces proférées contre Yessika Hoyos en 2024. La Commission interaméricaine des droits de l’homme a, pour sa part, adopté en 2005 des mesures de précaution afin de protéger la branche du MOVICE du département de Sucre et ses membres, parmi lesquels Malena Martínez et Juan David Díaz, après qu’ils ont été victimes de menaces. Amnesty International a dénoncé l’homicide de Rogelio Martínez, membre du MOVICE, en 2010, et a lancé des Actions urgentes en 2011 et 2013, condamnant les menaces et réclamant la protection des membres de la branche du MOVICE du département de Sucre. Des actions de solidarité ont été mises en place face à des menaces persistantes en 2018.

Le MOVICE soutient les victimes du massacre de La Guaripa, survenu en 2018 dans la municipalité de Sucre (département de Sucre), lors duquel plusieurs membres d’une famille, résidant sur leurs terrains depuis des années, ont décidé d’ériger une clôture, dans le contexte d’un conflit foncier avec un éleveur bovin et politicien local. Depuis le début de la procédure judiciaire relative à ce massacre, les parents des victimes, des militant·e·s du MOVICE et des avocat·e·s du CAJAR ont été victimes de menaces, ce qu’ils ont signalé aux autorités. En septembre 2026, la haute cour de Sincelejo a annulé une décision de 2023 acquittant quatre hommes, et les a reconnus coupables de l’homicide. C’est dans le contexte de cette décision que des membres du CAJAR et du MOVICE ont reçu les menaces d’octobre 2026. À peine un mois auparavant, plusieurs membres de la branche de MOVICE de Sucre avaient été menacés de le part du commandant d’un groupe armé non étatique actif dans la région. Plusieurs organisations de la société civile, ainsi que le Bureau de la défenseure des droits ont condamné ces menaces.

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Crédit photo : Privé via Amnesty International

LETTRE À ENVOYER

Madame la Procureure générale,

Je vous écris afin d’exprimer la vive inquiétude que m’inspire la situation du Collectif d’avocat·e·s José Alvear Restrepo (CAJAR), et de la branche du Mouvement national des victimes de crimes d'État (MOVICE) du département de Sucre. À 13 h 05 le 18 octobre 2026, l’avocate Yessika Hoyos et les militant·e·s Cndelaria Barrios, Malena Martínez et Juan David Díaz, du MOVICE, ont simultanément reçu des SMS contenant des menaces de mort, selon lesquelles si une personne récemment déclarée coupable est envoyée en prison, Candelaria, Malena et Juan David doivent garder le silence ou s’« acheter un cercueil ».

Ces menaces font suite à la condamnation prononcée en septembre 2026 par la haute cour de Sincelejo contre quatre personnes, en relation avec le massacre de La Guaripa commis en janvier 2018, dans le département de Sucre, lors duquel les frères Humberto Escobar, Preliciano Mercado et Eusebio Osorio ont été tués. Yessika Hoyos est l’avocate de la famille des victimes, et la branche du MOVICE du département de Sucre les soutient depuis le début.

Depuis 2019, Candelaria Barrios et Malena Martínez ont reçu des menaces liées à ces procédures judiciaires, notamment des SMS cherchant à les dissuader d’assister aux audiences ou d’amener leurs avocat·e·s, leur disant « vous serez tués et démembrés, même vos gardes du corps ». En septembre 2026, Candelaria et six autres membres du MOVICE du département de Sucre ont également reçu des SMS menaçants leur ordonnant de quitter leur territoire, de la part du commandant d’un groupe armé non étatique.

Le CAJAR et le MOVICE ont porté plainte auprès du parquet au sujet des menaces de mort récentes, demandant une enquête. La plainte a été confiée au parquet de la ville de Carthagène, dans le département de Bolívar. Compte tenu de la gravité de ces menaces et du rôle central de la défense des droits humains dans le travail du CAJAR et du MOVICE, je vous exhorte à confier l’enquête à l’Unité nationale des droits humains, afin qu’elle examine les menaces dans les meilleurs délais et avec soin, applique les méthodologies spécifiques aux enquêtes sur les attaques et menaces visant des défenseur·e·s des droits humains, garantisse la participation du CAJAR et du MOVICE aux procédures, et traduise les responsables présumés en justice dans le respect des garanties relatives à une procédure régulière.

Veuillez agréer, Madame la Procureure, l’expression de ma haute considération.

Écrire à:

Luz Adriana Camargo

Fiscal General

Fiscalía General

Avenida Calle 24 No. 52-01

Bogotá, D.C., Colombie

Courriel : d.asuntosinternacionales@fiscalia.gov.co