LA SÉCURITÉ DE DÉFENSEUR·E·S DES DROITS HUMAINS DOIT ÊTRE GARANTIE
CONTEXTE
Le 11 octobre, Yuly Velásquez, la présidente de la FEDEPESAN, une fédération d’associations de pêcheurs de la région du Magdalena Medio dans le département de Santander, a reçu un appel téléphonique et des SMS la convoquant à une réunion pour lui réclamer une « contribution » – c’est-à-dire pour lui extorquer une somme d’argent – et a été menacée de « pleurer avec sa famille » le jour même si elle n’obéissait pas. Yuly Velásquez s’est récemment vu décerner le titre de « défenseure de l’année » lors de la remise des prix nationaux pour les droits humains de 2026. Nous appelons le gouvernement colombien à mettre en œuvre des politiques efficaces pour protéger les défenseur·e·s des droits humains et pour leur permettre d’exercer leurs activités sans subir de menaces ni d’actes d’intimidation.
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Le Magdalena Medio est une vaste vallée située entre les chaînes de montagnes colombiennes et traversée par le principal fleuve du pays, le Magdalena. L’activité pétrolière y joue un rôle très important : l’une des principales raffineries de Colombie se trouve à Barrancabermeja, le centre urbain de la région. Cette zone abrite par ailleurs des activités agroindustrielles, minières et d’élevage. En raison de sa situation géographique et de ses ressources abondantes, cette région est considérée comme stratégique et fait depuis longtemps l’objet d’un conflit entre l’État et des groupes armés. Elle est également depuis des décennies un foyer de mobilisation populaire et de défense des droits humains : les syndicats, les organisations féministes, les mouvements citoyens et les défenseur·e·s des droits humains y ont construit un espace civique solide. C’est dans ce contexte que des défenseur·e·s des droits humains y sont victimes de violences persistantes depuis au moins les années 1980. Ces dernières années, la région a connu des niveaux alarmants de violence contre les civil·e·s, en particulier avec des homicides et des déplacements forcés, dans un contexte d’affrontements entre des groupes armés, notamment l’Ejército Gaitanista de Colombia (EGC), également connu sous le nom d’AGC ou Clan del Golfo, le plus grand groupe armé du pays, qui contrôle le plus vaste territoire ; des groupes dissidents comprenant d’anciens guérilleros des FARC ; le groupe de guérilla ELN ; et des gangs locaux alliés à un ou plusieurs de ces groupes.
La Fédération des pêcheurs artisanaux, écologistes et touristiques de Santander (FEDEPESAN) travaille à Ciénaga de San Silvestre, près de Barrancabermeja, sur un lac relié à plusieurs autres lacs et cours d’eau. Outre la promotion de la pêche durable, elle surveille la qualité de l’eau et la biodiversité, notamment des espèces menacées telles que le lamantin des Antilles. En collaboration avec l’organisation de défense des droits humains CREDHOS, la FEDEPESAN a engagé une action collective en justice qui a débouché, en juillet 2025, sur une décision de justice (confirmée en mai 2026) confirmant que la pollution de l’eau dans la région de San Silvestre violait le droit à un environnement sain et ordonnant la reddition de comptes. La FEDEPESAN a également dénoncé la pollution de l’eau par des entreprises régionales, la corruption des autorités environnementales, ainsi que la présence de groupes armés cherchant à prendre le contrôle du territoire, notamment des lacs et des fleuves.
Dans ce contexte, la présidente de la FEDEPESAN, Yuly Velásquez, a été victime de nombreuses formes de violence recensées par Amnesty International, notamment des menaces en novembre 2020, des impacts de balle sur son domicile en janvier 2021, des actes d’intimidation lors d’activités de protestation en août 2021, des attaques à l’arme à feu en mai et juillet 2022 (blessant un agent de sécurité de son dispositif de protection). Amnesty International a lancé des actions urgentes demandant aux autorités de prendre des mesures efficaces pour protéger la FEDEPESAN contre les menaces, empêcher les déplacements forcés de populations de pêcheurs et mettre fin aux différentes formes de harcèlement exercé contre eux, en juin 2022, juillet 2022, février 2024, mars 2024, janvier 2025, février 2025, juillet 2025 et septembre 2025.
Amnesty International a suivi les mesures prises par l’État pour détecter les risques encourus par les pêcheurs de Barrancabermeja, telles que l’alerte précoce AT 027 de 2022 émise par le Bureau du médiateur et les réunions de la commission de suivi des alertes précoces CIPRAT dirigée par le ministère de l’Intérieur. Malgré les mesures prises et l’attention accordée par les autorités, les menaces et les autres formes de pression perdurent, tout comme persiste la nécessité de mettre en place des mesures de protection plus complètes afin de garantir le droit de défendre les droits à Barrancabermeja et dans la région du Magdalena Medio. La FEDEPESAN a reçu le Prix des droits humains 2024 décerné par Amnesty International Allemagne pour son travail en faveur de la protection de l’eau, de l’environnement et des droits des pêcheurs artisanaux, et en septembre 2026, elle a reçu le prix « Défenseur de l’année » lors de la remise des prix nationaux pour les droits humains en Colombie.
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Crédit photo : Privé via Amnesty International
LETTRE À ENVOYER
Monsieur le Ministre,
Je vous écris afin de vous faire part de ma vive inquiétude concernant les menaces qui pèsent sur la vie de Yuly Velásquez, de sa famille et de ses collègues. Yuly Velásquez est la présidente de la Fédération des pêcheurs artisanaux, écologistes et touristiques de Santander (FEDEPESAN). En raison de son action de défense de la pêche artisanale, des droits de sa communauté et de l’environnement et des cours d’eau des alentours de Barrancabermeja, elle a remporté plusieurs distinctions, notamment le Prix des droits humains 2024 décerné par Amnesty International Allemagne et, plus récemment, le prix « défenseure de l’année » lors de la remise des prix nationaux pour les droits humains en Colombie, au Teatro Colón de Bogotá, en septembre 2026.
Le 11 octobre, Yuly Velásquez a reçu un appel téléphonique et des SMS provenant du numéro 314 5942494. Son interlocuteur a dit être « Marihuano », un chef de gang de Barrancabermeja. Il lui a dit que même s’il était en prison, son gang, « Le M », la convoquerait à une réunion dans le quartier de Boston de la ville pour exiger une « contribution », c’est-à-dire pour lui extorquer une somme d’argent. Il a déclaré que « tous les dirigeants d’organisations sociales et communautaires doivent payer ». Il a également fait référence à des contrats entre les associations de pêcheurs de Yuly Velásquez et des compagnies pétrolières opérant dans la région, ce que Yuly Velásquez a nié, la FEDEPESAN n’ayant pas conclu de tels contrats.
L’interlocuteur l’a en outre menacée en disant que toute personne refusant de payer serait « descendue » par ses hommes, même si elle était « accompagnée de deux ou trois gardes du corps ». Cela semblait faire directement référence au dispositif de protection fourni à la FEDEPESAN par l’Unité nationale de protection, qui relève de la compétence de votre ministère. L’interlocuteur a également démontré qu’il connaissait les activités de la FEDEPESAN, affirmant qu’il savait que Yuly Velásquez et ses collègues « se déplacent en bateau » sur les cours d’eau et les lacs autour de Barrancabermeja. Il l’a menacée en disant que si elle n’obéissait pas, elle allait devoir « pleurer avec sa famille » le jour même.
Depuis des années, Yuly Velásquez et la FEDEPESAN défendent le droit de leur communauté à une eau propre et à un environnement sain à Barrancabermeja. L’extorsion d’argent et les menaces auxquelles se livrent des groupes armés les mettent en danger et compromettent leur capacité de défendre les droits humains.
Le ministère de l’Intérieur étant chargé de la politique publique relative aux garanties et à la protection pour les défenseur·e·s des droits humains, je vous appelle à coordonner votre action avec celle des autorités compétentes afin d’évaluer les dangers auxquels sont confrontés les défenseur·e·s des droits humains et les organisations telles que la FEDEPESAN qui défendent leur territoire et l’environnement, et à mettre en œuvre des mesures efficaces pour assurer leur protection et empêcher les attaques contre eux. Le gouvernement doit garantir leur droit de défendre les droits fondamentaux en Colombie.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.
Écrire à:
Rodrigo Roa Duterte
Ministre de l’Intérieur
Carrera 8 # 7 – 83
Bogotá D.C., Colombia
Courriel : servicioalciudadano@mininterior.gov.co
X : @MinInterior @Rodrigo_Lara_