IL FAUT RÉTABLIR LES PROTECTIONS DES TERRES RURALES
CONTEXTE
Le Congrès national doit rejeter le décret de nécessité et d’urgence n° 70/2023 et rétablir les protections instaurées par la Loi sur les terres rurales n° 26 737. Cette loi protège les terres, les sources d’eau douce et d’autres ressources naturelles en Argentine, en limitant l’acquistion et la concentration de terres rurales entre les mains de personnes et d’entités étrangères. Les autorités doivent rétablir ces protections, qui constituent des garanties essentielles pour les droits des peuples autochtones à jouir de leurs terres et territoires, ainsi que pour la protection du droit à un environnement propre, sain et durable.
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Promulguée en décembre 2011, la Loi sur les terres rurales n° 26 737 restreignait la propriété et la possession de terres par des personnes et des entreprises étrangères. Entre autres garanties, elle fixe des limites à la part totale de terres rurales pouvant être détenues par des propriétaires étrangers, interdit l’acquisition de terres bordant de vastes plans d'eau, et a créé le Registre national des terres rurales.
L'Observatoire foncier, composé de chercheurs du Conseil national de la recherche scientifique et technique d'Argentine (CONICET) et de l'Université de Buenos Aires (UBA), a présenté une carte interactive révélant l'étendue de la propriété foncière étrangère en Argentine. D’après cette étude, près de 5 % du territoire argentin, soit plus de 13 millions d’hectares, une superficie à peu près identique à celle de l’Angleterre, appartient à des entreprises ou à des gouvernements étrangers.
Depuis son entrée en fonction, le gouvernement actuel a tenté à plusieurs reprises de modifier la Loi sur les terres rurales. Tout d’abord, en décembre 2023, il a inscrit l’abrogation de cette loi dans l’article 154 du décret de nécessité et d’urgence n° 70/2023. Puis, en avril 2024, il a présenté au Congrès le « Projet de loi relatif aux bases et points de départ pour la liberté des Argentins », dont le texte initial visait à modifier certaines dispositions de la Loi sur les terres rurales afin de lever les restrictions pesant sur l'acquisition de terres par des étrangers. Faute d'un accord suffisant, la coalition au pouvoir s'est retirée du chapitre consacré au foncier afin de garantir l'adoption globale du reste des mesures législatives.
En 2026, le gouvernement a de nouveau cherché à modifier la Loi sur les terres rurales, cette fois dans le cadre du projet de loi relatif à l'inviolabilité de la propriété privée, qui proposait des modifications à quatre textes de loi existants et visait à faire passer de 15 % à 25 % la proportion maximale de terres rurales pouvant être détenues par des étrangers dans chaque province. La mobilisation massive du 6 août 2026 en Argentine a rassemblé des syndicats, des organisations sociales et environnementales ainsi que des peuples autochtones devant le Congrès national et dans différentes régions du pays. Selon l’étude réalisée par Amnesty International Argentine, la répression lors de la manifestation contre les modifications de la Loi sur les terres rurales, le 6 août 2026 devant le Congrès national, a fait au moins 1 500 blessés et donné lieu à au moins 28 interpellations.
Le 6 août 2026, après avoir apporté des modifications mineures à certaines dispositions du projet de loi sur l'inviolabilité de la propriété privée, le gouvernement a officiellement retiré de ce projet de loi les articles relatifs à la Loi sur les terres rurales. De ce fait, la Loi n° 26 737 demeure en vigueur sans modification. Parallèlement, à la suite de la publication du décret de nécessité et d’urgence n° 70/2023, une action a été intentée en justice afin d’empêcher l’abrogation de la Loi sur les terres rurales. Dans le cadre de cette procédure, en 2024, la Cour d'appel fédérale de La Plata a déclaré inconstitutionnel l'article 154 de ce décret. Cela a eu pour effet de suspendre l’abrogation de la Loi sur les terres rurales. Le 29 septembre 2026, la Cour suprême a infirmé cette décision et rejeté la requête, ce qui a permis l’entrée en vigueur de l'abrogation. Puis, le 9 octobre, dans une autre affaire, à la suite de nouvelles observations et demandes de précisions, la Cour a rendu une injonction provisoire suspendant de nouveau cette abrogation. La Cour suprême a renvoyé l'affaire devant le tribunal fédéral de San Carlos de Bariloche afin qu'il détermine si les plaignants avaient qualité pour agir dans cette affaire et si l'injonction provisoire était recevable.
Le décret de nécessité et d’urgence n° 70/2023 ayant été rejeté par le Sénat en mars 2024, la Chambre des députés est habilitée à l’examiner et à le rejeter. Si tel est le cas, l’abrogation de la Loi sur les terres rurales n’aura plus aucun effet.
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Crédit photo : Privé via Amnesty International
LETTRE À ENVOYER
Mesdames et Messieurs les député·e·s,
Je souhaite vous faire part de ma vive inquiétude au sujet de l’abrogation de la Loi sur les terres rurales (Loi n° 26 737) par le biais du décret de nécessité et d’urgence n° 70/2023.
Adoptée le 22 décembre 2011, promulguée le 27 décembre et entrée en vigueur le lendemain de sa publication au Journal officiel le 29 décembre 2011, la Loi n° 26 737 fixe des limites à la propriété et à la possession de terres rurales par des personnes et entités étrangères, notamment en matière de concentration foncière, ainsi que des restrictions pour les terres comprenant ou bordant des plans d'eau vastes et permanents. En décembre 2023, le pouvoir national exécutif a promulgué le décret de nécessité et d’urgence n° 70/2023, dont l’article 154 abroge la Loi sur les terres rurales.
Cette situation soulève des inquiétudes en matière de droits humains. Les zones rurales d'Argentine recèlent des sources d'eau douce, des écosystèmes, une biodiversité et des ressources naturelles indispensables à la réalisation des droits humains, en particulier du droit à un environnement propre, sain et durable. Supprimer les limites relatives à l'acquisition et à la concentration de ces terres risque d’accentuer les pressions liées aux activités agricoles, extractives et autres activités économiques à grande échelle, avec des conséquences sur l'eau, l'environnement, les moyens de subsistance et l'accès à la terre. Ces risques peuvent être particulièrement graves pour les populations autochtones et rurales dont les droits, les cultures et les moyens de subsistance sont étroitement liés à leurs territoires, notamment lorsque les garanties contre les expulsions des terres que les autochtones occupent traditionnellement sont affaiblies. L'État doit conserver une capacité suffisante pour réglementer et protéger les terres, l'eau et les ressources naturelles afin de garantir la jouissance des droits fondamentaux.
Je demande instamment au Congrès national de rétablir les garanties prévues par la Loi sur les terres rurales afin de protéger les terres rurales, l'eau, la biodiversité, les ressources naturelles et les terres des peuples autochtones en Argentine, ainsi que le droit à un environnement propre, sain et durable.
Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs les député·e·s, l’expression de ma haute considération.
Écrire à:
Germán Pedro Martínez, député : GPMARTINEZ@HCDN.GOB.AR
Gisela Scaglia, députée : SCAGLIA@HCDN.GOB.AR
Cristian Ritondo, député : CRITONDO@HCDN.GOB.AR
Oscar Herrera Ahuad, député : OHERRERAA@HCDN.GOB.AR
Pamela Fernanda Verasay, députée : PVERASAY@HCDN.GOB.AR
Nicolás Mayoraz, député : NMAYORAZ@HCDN.GOB.AR
José Peluc, député : JPELUC@HCDN.GOB.AR