• Chine

Des personnes « disparues » et détenues arbitrairement dans le Xinjiang

CONTEXTE

Milostène Castin défend les droits des paysans pratiquant une agriculture de subsistance qui sont la cible de saisies de terres, de déplacements, de faits de corruption et d’attaques violentes dans le nord-est d'Haïti. Ses activités militantes ont valu à Milostène Castin de nombreuses attaques et tentatives d’intimidation.

À la fin de l’année 2020, des hommes armés, à plusieurs reprises, ont tiré des coups de feu à proximité de son domicile et brisé les vitres de sa maison. Un homme non identifié a également tenté plusieurs fois d'aller chercher un des enfants de Milostène Castin à l'école, et le militant pense qu’il s’agissait de tentatives d'enlèvement. Le 12 mai 2021, Milostène Castin a reçu des menaces de mort. 

Amnistie internationale appelle les autorités à le protéger, dans le respect de ses souhaits.

PLUS D'INFOS

Milostène Castin est un militant et le coordonnateur de l'organisation AREDE (Action pour la reforestation et la défense de l'environnement) à Trou-du-Nord, une ville située dans le nord-est d'Haïti. Depuis 2013, cette organisation fait campagne contre les saisies de terres, les actes d’intimidation et les déplacements forcés infligés à des paysans pratiquant une agriculture de subsistance par des groupes armés soupçonnés d’avoir des liens avec des groupes d'intérêt économiques et avec les pouvoirs publics. En conséquence, des bandes armées ont tenté à maintes reprises d’agresser voire de tuer Milostène Castin. Il a notamment été poignardé par des hommes armés lors d'une manifestation pacifique en 2019, année au cours de laquelle des manifestations contre la corruption et l'impunité ont été violemment réprimées un peu partout dans le pays.

En 2020, alors qu’un nombre croissant de paysans pratiquant une agriculture de subsistance étaient confrontés à des expropriations, des menaces et des violences, Milostène Castin a soutenu leurs revendications au moyen de documents et d’activités de plaidoyer, et a organisé des manifestations pacifiques. Le 10 octobre, après l’une de ces manifestations, six hommes sont restés devant le domicile de Milostène Castin pendant plusieurs heures, se sont mis à tirer des coups de feu autour de la maison et ont brisé une vitre alors que cet homme et sa famille se trouvaient à l’intérieur. Par la suite, toujours en octobre, un homme s’est présenté à trois reprises à l’école d’un des enfants de Milostène Castin et a dit au personnel de l’établissement qu’il venait chercher l’enfant, en appelant celui-ci par son nom. Il s’agissait manifestement d’une tentative d’enlèvement ou d’intimidation. L'enfant a dû être retiré de l'école pour le protéger.

Au cours des deux derniers mois de l’année 2020, des hommes armés se sont rendus régulièrement au domicile de Milostène Castin pendant la nuit et ont tiré des coups de feu à proximité. Cela s’est également produit le 31 décembre, et les hommes ont non seulement tiré des coups de feu devant la maison, mais aussi lancé des pierres et des bouteilles, brisant toutes les fenêtres et blessant un autre des enfants de Milostène Castin. Le militant a appelé la police, mais personne ne s’est présenté pour protéger la famille et arrêter les assaillants.

Depuis lors, Milostène Castin et sa famille ont dû quitter leur foyer et ses enfants ne peuvent pas aller à l'école, pour leur propre sécurité. Après son départ, des hommes armés à sa recherche ont continué à venir à son domicile pendant quelques temps. Le 12 mai 2021, une personne affiliée au parti au pouvoir a dit à Milostène Castin que des représentants de l’État « voulaient sa mort » parce qu’il avait pris la défense d’agriculteurs appartenant à une communauté menacée d'expropriation. En raison d’informations qu'il a reçues d’interlocuteurs fiables, Milostène Castin pense que ces attaques sont motivées par ses activités militantes en faveur des agriculteurs de subsistance dépossédés et que les assaillants ont des liens avec les pouvoirs publics et avec des acteurs économiques.

LETTRE À ENVOYER

Monsieur le Président de la République,

J’ai pris connaissance avec désarroi du cas de plus de 60 personnes appartenant principalement à des groupes ethniques musulmans et qui auraient été internées dans des camps ou condamnées sans avoir bénéficié d’un procès équitable et emprisonnées dans le Xinjiang. Ces cas sont représentatifs de ceux des nombreux hommes et femmes – peut-être un million, voire davantage – qui auraient été arrêtés par les autorités chinoises dans le Xinjiang depuis
2017.

Selon les éléments de preuve qu’Amnistie internationale a réunis dans son rapport intitulé « Comme si nous étions ennemis de guerre », l’État chinois a commis des crimes contre l’humanité d’emprisonnement, de torture et de persécution dans le Xinjiang. Des actes licites que beaucoup d’entre nous considèrent comme des acquis, tels que le fait de vivre, de séjourner ou d’étudier à l’étranger, de communiquer avec des personnes se trouvant à l’étranger, de réciter le Coran ou de porter des tenues religieuses, peuvent être considérés comme un motif d’internement dans un
camp ou d’incarcération dans une prison, où les personnes détenues sont soumises en permanence à un endoctrinement forcé, ainsi qu’à des actes de torture physiques et psychologiques et à d’autres mauvais traitements.

Les proches établis à l'étranger cherchent désespérément à entrer en contact avec leurs proches dans le Xinjiang, dont ils sont bien souvent sans nouvelles depuis des années. Au désespoir s’ajoute le fait que, faute de pouvoir consulter l’avocat de leur choix, les personnes détenues (principalement des Ouïghours, des Kazakhs et des membres d’autres minorités ethniques à majorité musulmane) risquent encore davantage de subir des actes de torture ou d’autres mauvais traitements.

En conséquence, je vous prie instamment :

  • de libérer immédiatement toutes les personnes détenues dans des camps d’internement ou des prisons du Xinjiang, à moins qu’il existe suffisamment d’éléments crédibles et recevables prouvant que ces personnes ont commis une infraction reconnue par le droit international ;
  • dans l’attente de leur libération, de révéler l’endroit où se trouvent ces personnes, de leur permettre d’entrer en contact avec leur famille et l’avocat de leur choix, et de veiller à ce qu’elles ne soient pas soumises à des actes de torture ni à d’autres mauvais traitements.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de ma haute considération,

APPELS À

Président de la République populaire de Chine
Xi Jinping
Zhongnanhai
Xichangan’jie Xichengqu, Beijing Shi 100017
Chine
Fax : +86 10 6238 1025
Courriel : english@mail.gov.cn

COPIES À

Son Excellence M. Peiwu Cong, Ambassadeur
Ambassade de la République populaire de Chine
515 St. Patrick Street
Ottawa (Ontario) K1N 5H3
Fax: (613) 789-1911
Courriel: chineseembassy.ca@gmail.com

Marc Garneau
Ministre des Affaires étrangères
111, rue Wellington
Ottawa (Ontario) K1A 0A6
Aucun timbre requis
Courriel:  marc.garneau@parl.gc.ca