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Communiqué 
international
Soudan

L’état de santé d’un militant soudanais incarcéré qui observe une grève de la faim est préoccupant

Les autorités soudanaises doivent libérer immédiatement un militant des droits humains qui a entamé une deuxième grève de la faim et risque d’être soumis à des actes de torture, a déclaré Amnistie internationale mercredi 12 octobre.

Fondateur de l'Organisation pour les droits humains et le développement (HUDO), Bushra Gamar Hussein Rahma, d’ethnie nubienne, a été arrêté le 25 juin près de Khartoum et est maintenu en détention sans inculpation. Sa détention s’inscrit dans le cadre d’une vague d’interpellations ciblant des Nubiens, des intellectuels, des militants et des membres du Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (MPLS-N).

« Les autorités soudanaises avaient assuré que Bushra Rahma serait inculpé ou libéré le 9 octobre. Il est alarmant de constater qu’il est toujours derrière les barreaux, a indiqué Michelle Kagari, directrice adjointe du programme Afrique d’Amnistie internationale.

« Il doit être autorisé à consulter un avocat et inculpé d’une infraction prévue par la loi, ou remis en liberté sans délai. »

Âgé de 47 ans, Bushra Rahma souffrirait de divers problèmes de santé, notamment de troubles cardiaques, et sa famille s’inquiète des répercussions qu’une grève de la faim aura sur son état de santé.

« Le 11 octobre, nous avons reçu des menaces émanant du Service national de la sûreté et du renseignement (NISS), indiquant que si Bushra mourait, ils concluraient à un suicide, a expliqué à Amnistie internationale Ezzeldin Gamar Hussein Rahma, le frère de Bushra Rahma.

« Nous voulons qu’il soit libéré immédiatement, ou qu’il soit présenté devant un juge. »

Depuis qu’il a une nouvelle fois été arrêté le 14 août, Bushra Rahma s’est vu refuser à plusieurs reprises la possibilité de consulter un avocat.

Il a observé une grève de la faim pendant quatre jours en septembre, mais l’a interrompue lorsque les autorités soudanaises lui ont certifié qu'il serait relâché le 9 octobre. Sa détention étant prolongée, il a débuté une nouvelle grève de la faim le 10 octobre.

Originaire du Kordofan méridional, Bushra Rahma a dirigé le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) au Darfour de 2006 à 2008. Cependant, il n'en est plus un membre actif depuis 2008.

Durant la guerre civile qui a fait rage entre le nord et le sud du Soudan pendant 22 ans, de nombreux habitants du Kordofan méridional ont combattu au sein de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS). Lorsque le Soudan du Sud est devenu un État indépendant, le 9 juillet 2011, l'APLS qui agit au Soudan est devenu l'APLS-Nord.

Depuis le mois de juin, le conflit qui oppose les forces armées du Soudan à l'APLS-Nord s’est intensifié au Kordofan méridional.

Les bombardements aériens aveugles menés par les forces armées du Soudan, les destructions et les pillages de maisons de civils, ainsi que les exécutions extrajudiciaires et les arrestations arbitraires présumées, ont déplacé plus de 200 000 personnes dans la région.

Des postes de contrôle ont été installés le long des routes du Kordofan méridional et, selon certains témoignages, des listes de noms sont utilisées pour cibler les membres présumés du MPLS-N et les Nubiens. Du coup, dans tout le Soudan, les Nubiens se sont mis à se cacher.

Mis à jour le lundi, 22 octobre 2018