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Communiqué 
international
Turquie

Il ne faut pas fournir un refuge sûr à une personne qui fuit la justice internationale

Amnistie internationale a condamné vendredi 6 novembre l’invitation adressée par la Turquie au président soudanais Omar el Béchir.

« La Turquie se déshonorerait en accueillant cet homme qui tente d’échapper à la justice internationale alors qu’il est accusé d’être responsable de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre contre des hommes, des femmes et des enfants qui ont été victimes de meurtres, de viols, de tortures et de disparitions forcées », a déclaré Christopher Keith Hall, conseiller juridique auprès d’Amnistie internationale.

Le président Omar el Béchir a été invité à assister à une réunion de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) qui se tient à Istanbul, en Turquie, du 5 au 9 novembre 2009.

Or le président soudanais fait l’objet depuis le 4 mars 2009 d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

« Il serait contraire aux obligations internationales de la Turquie de ne pas procéder à l’arrestation du président Omar el Béchir pour le remettre à la CPI », a estimé Christopher Keith Hall.

« Une telle omission constituerait une entrave à la justice. En outre, au même titre que le fait d'héberger un cambrioleur de banques est répréhensible aux termes de la législation nationale, donner refuge à une personne fuyant la justice internationale s’apparenterait à de la complicité de crime. »

Des informations parues dans la presse indiquent que des responsables turcs ont déclaré qu’ils ne procèderaient pas à l’arrestation du président Omar el Béchir pour le remettre à la CPI.

« La Turquie doit assumer les responsabilités qui sont les siennes en tant que membre de la communauté internationale, au nom des milliers de personnes qui ont été victimes des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre qui ont été commis au Darfour », a conclu Christopher Keith Hall.

Complément d’information

En tant qu’État partie à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, la Turquie est tenue d’ouvrir une enquête à chaque fois qu’une personne soupçonnée d’actes de torture, quel que soit son rang, est présente, et de la placer en garde à vue ou de prendre toute autre mesure pour garantir sa présence pendant la procédure pénale ou d’extradition.

En étant partie à cette convention, le pays s’est également engagé à ratifier le Statut de Rome, dont relève la CPI.

L’article 13 du Code pénal dispose en outre que la Turquie peut procéder à l’arrestation de ressortissants étrangers soupçonnés d'être responsables de crimes contre l'humanité commis en dehors du territoire turc contre d'autres étrangers.

Le fait pour la Turquie d’être membre du Conseil de sécurité rend son offre de refuge sûr à une personne fuyant la justice internationale d’autant plus contraire à la résolution 1593 du conseil qui « demande instamment à tous les États et à toutes les organisations régionales et internationales concernées de coopérer pleinement » avec la CPI en ce qui concerne le Darfour.

Mis à jour le lundi, 22 octobre 2018