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Livres comme l'Air 2021 - Nedim Türfent

Portrait de l'auteur

En 2017, le poète/journaliste turc d'origine Kurde est condamné à plus de huit ans de prison pour « terrorisme » après avoir couvert des affrontements entre l’armée turque et le Parti des travailleurs du Kurdistan. Aujourd’hui, Il est détenu dans des conditions difficiles et privé de télévision, radio, livres et journaux.

Jumelé à Maureen Martineau

Maureen Martineau a été comédienne, metteure en scène et auteure au Théâtre Parminou. Son métier l'a menée en Amérique centrale et en Inde, où elle a collaboré avec l'ONG One Drop. En 2012, elle publiait un premier polar et remportait le prix d'excellence du CALQ. L'enfant promis (La courte échelle, 2013), son deuxième livre, a reçu le prix Arthur-Ellis 2014 du meilleur roman policier francophone au Canada. (Source)

Cher Nedim Türfent, 

En dédicace, je vous offre l’un des personnages de mon roman, une mère ourse nommée Béa. Je la souhaite de réconfortante compagnie, dans votre prison de Van en Turquie, là où l’on vous détient depuis 2016, à l’écart des autres, de peur qu’à la vue des maltraitances, vous ne vous mettiez à rédiger, comme se moquent vos geôliers, « un article par jour ». Cela raconte bien l’intègre journaliste-poète de 30 ans que vous êtes, incapable de vous taire devant l’injustice, donnant la parole aux citoyens oubliés comme vous l’avez fait à Yüksekova, filmant les Forces spéciales turques alors qu’ils brutalisaient une cinquantaine de travailleurs forcés à s’allonger au sol, menottés. Ce seul titre d’article, « Now you will see the power of the Turk », vous a injustement fait condamner à 8 ans et 9 mois d’emprisonnement. 

Lorsque l’ourse Béa vous visitera,  elle pourra vous raconter qu’elle vit dans une forêt où les arbres se transforment en barreaux lorsque la chasse est ouverte, l’homme demeurant le prédateur le plus redouté. Elle vous décrira les mâchoires meurtrières des pièges dissimulés sous le feuillage.  Quand votre tour viendra de lui expliquer votre capture, il faudra vous montrer convaincant. Jamais Béa ne croira qu’on puisse vous  traquer si ni votre chair ni votre peau ne sont prisées.  « À cause des mots » lui expliquerez-vous. Elle fera alors rouler la bosse dans son cou.  « Les mots seraient-ils donc les oiseaux de la liberté ? ». Vous aurez vite fait de la corriger. « La liberté c’est le ciel, et non pas l’oiseau. La liberté, c’est la lumière qui donne des yeux aux mots. Des ailes à l’air qu’on respire.  « Libre comme l’air », se répétera l’ourse en retournant dans sa forêt, semant vos mots démenottés dans les grands espaces. 

Répondant à l’appel de son grognement, nous dégainerons nos stylos. Avec mille signatures mises bout à bout, nous érigerons une passerelle vers Istanbul pour exiger votre libération immédiate et sans condition. La vôtre, mais aussi, comme vous le demandez si solidairement, celle de tous vos collègues journalistes, écrivains, artistes, étudiants. 

Avec vous, de tout cœur.

Maureen Martineau

Livres comme l'air

Dans le cadre du projet Livres comme l’air, des écrivains québécois témoignent leur solidarité à des écrivains emprisonnés ou menacés à travers le monde en leur rédigeant des dédicaces. 

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